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Jan 4, 2023

RESOLUTION DE CONFLITS

LES MÉCANISMES CULTURELS DE PRÉVENTION ET DE RÉSOLUTION DES CONFLITS DANS LES SOCIÉTÉS PRÉCOLONIALES AU SUD DU GABON : LES PRATIQUES TRADITIONNELLES

Les études menées sur les sociétés traditionnelles du Gabon ont permis de découvrir que les mécanismes de prévention et de résolution des conflits dans les sociétés empruntaient des procédures issues de la culture traditionnelle dans lesquelles le rôle des chefs traditionnels et spirituels était prépondérant. Dès lors, les structures sociopolitiques telle que la chefferie traditionnelle’ et les sociétés initiatiques secrètes me sont apparues comme des espaces de dissuasion et de prévention des conflits. Enfin, empruntant au principe et à l’organisation de la palabre africaine, les mécanismes oeuvrant à la restauration de la paix ont été décelés. Exemple, des affrontements dans le Mocabe eurent lieu en mai 1905 dans le cadre de ia conquête coloniale française. A ia suite de ces actes, tous les chefs des villages Mwabi, Mukabe, Musamu-Kuhu, Munndi et Buhulu, d’un commun accord s’entendirent pour affronter l’ennemi commun, l’administration coloniale. Ce fut également le cas en pays Awandji où les chefs des villages Awandji et ceux des villages Kota et Shake se joignirent à WONGO, chef de terre, pour lutter contre l’administration coloniale’. I1 se tenait donc des assises solennelles auxquelles assistaient les chefs de clans, de lignages et de villages concernés. Ce lien éphémère ne durait que le temps des assises pour, ainsi que nous l’avons dit, aplanir les différends entre clans ou décider des combats à mener contre l’ennemi extérieur. Au niveau du village, le pouvoir était dévolu au plus ancien, assisté dans l’exercice de ses fonctions par un conseil des anciens. Le recours aux vieux était obligatoire. Car ces derniers constituaient le lien avec le passé dans ces sociétés où le critère de sagesse et de pondération importait dans les prises de décisions pour le contrôle des actions communautaires et le maintien des populations dans un état de paix et de prospérité. Le chef de village, dans cette prise de décisions, ne pouvait décider seul sans l’avis du conseil des anciens. Il ne pouvait prendre de décisions sans leur consentement. Car les anciens l’assistaient, et en retour, il leur demandait leur avis ; les décisions à prendre visant la sauvegarde et l’intérêt de la communauté. En fait, il n’y avait aucune raison de ne pas chercher ensemble une solution, une sorte de consensus qui constituait l’originalité d’une “démocratie” à l’intérieur du groupe au sein duquel le chef de village était le principal porte-parole. Ainsi, les chefs traditionnels du sud Gabon jouaient un rôle important dans ia prévention et la résolution des conflits. Ils encadraient et protégeaient les populations.

Lorsqu’un conflit intervenait entre membres de ia communauté ou entre deux groupes ethniques différents, l’initiative de ia réconciliation. Il revenait à ces patriarches chargés de conclure ia paix. En pays Mbede par exemple, la réconciliation entre belligérants se faisait au cours d’une cérémonie solennelle qui réunissait des chefs de ia même juridiction ou ceux représentatifs des deux groupes belligérant?. Chez ces populations du sud-est du Gabon, la résolution du conflit, selon le Professeur Alihanga, s’effectuait de la manière suivante : un ancien du groupe vaincu allait trouver son homologue vainqueur. Ensemble, ils convoquaient une assemblée générale des chefs. Ces notables apportaient chacun une tige d’amome qu’ils déposaient par terre, témoignage de la volonté de chacun d’eux d’aboutir au rétablissement de la paix.

1.2- Les sociétés secrètes initiatiques Forme culturelle par excellence des peuples du sud Gabon, les sociétés secrètes initiatiques répondaient aux exigences d’éducation, de respect, d’obéissance aux lois comme le voulait la communauté ethnique, clanique et lignagère. Elles veillaient au contrôle, à ia gestion de la communauté, de ia chose publique ainsi qu’aux risques de violence auxquelles elles étaient confrontées. Organes dominants au sein des sociétés du sud Gabon, elles jouaient un rôle de pouvoir invisible. A vocation politique et sociale, elles participaient au respect des institutions sur lesquelles le chef de village s’appuyait en vue de faire respecter la loi afin que la gestion de la société’ soit harmonieuse. Les chefs traditionnels du sud Gabon faisaient partie des sociétés secrètes initiatiques, véritables fondement du pouvoir; Ils détenaient des pouvoirs visible et invisible, parce que le pouvoir politique était indissociable du pouvoir spirituel. Le premier se légitimait par le second et avait, à travers ce dernier, un caractère sacré. Les deux oeuvraient dans le sens de l’ordre et de la discipline. En fait, nous dit LE TESTU, le véritable pouvoir était d’ordre spirituel car les chefs étant les aînés de tous, ils n’avaient pas sur chacun des membres de ia communauté, pas plus d’autorité qu’un père de famille sur ses enfants, un oncle sur ses neveux ou un aîné sur ses cadets. La prééminence était donc le fondement de leur pouvoir visible. I1 leur fallait alors posséder des moyens de coercition leur permettant de combattre toutes sortes d’abus, de désordre, de violence auxquelles ils étaient confrontés afin d’éviter la rupture des équilibres internes et externcs pouvant entraîner la décadence de la communauté. Les sociétés secretes initiatiques à caractère social et de diffusion large telles que le Mwiri pratiqué. dans tout le sud Gabon, d’autres comme le mungala des Adouma, des Awandji, ainsi que le Ndjobi des Teke et des Ambama dont l’assise était territoriale, d’autres encore mies en place pour gouverner, comme le Ngodji des Punu, le Bwiti des Tsogo et des Apindji, le Ndokwe des Akele, I’Onkani, le Nkala des Ambama et des Teke, étaient à même de dissuader, de prévenir, de régler les conflits et d’imposer la paix au regard de leurs manifestations lors des initiations et des règlements des conflits, lors des débats autour des questions engageant la communauté. Ainsi, dans le sud Gabon, les sociétés secrètes initiatiques demeuraient les derniers réceptacles, les gardiennes de traditions transmises de génération en génération. Les populations, dans des zones géographiques déterminées, perpétuaient ces traditions au sein des sociétés secrètes qui étaient et sont encore l’expression d’un fond traditionnel commun même s’il s’exprime dans la diversité. Elles enseignaient une sagesse dont les préceptes utilisés par leschefs traditionnels nourrissaient le dialogue nécessaire à la résolution de tout conflit. Ces préceptes que sont la tolérance, l’acceptation de l’autre, le souci du compromis étaient à la base du succès de toute négociation.

2- LES PRATIQUES TRADITIONNELLES DE LA PREVENTION ET DE LA RESOLUTION DES CONFLITS Les peuples du Gabon étaient en contact les uns avec les autres. Ils entretenaient des relations de bon voisinage entre différentes communautés. Ces relations donnaient naissance à des alliances de type amical entre familles au sein des clans et des lignages d’ethnies différentes.
2.1- La correspondance clanique et lignagère comme moyen de prévention des conflits Les équivalences au niveau des clans et des lignages dévoilaient et justifiaient de solides liens de parenté. Par exemple le clan Bumweli de l’ethnie Punu correspondait au clan Bumwedi chez les Gisir, au clan Bavonda chez les Nzcbi et au clan imondu chez les Lumbu etc. L‘établissement de ces correspondances était une sorte d’extension de la parenté. Ce phénomène d’extension permettait aux populations d’ethnies différentes d’entretenir des relations privilégiées. Un adage répandu chez les peuples Adouma, Nzebi, Akelè, Punu, Gisir etc. du sud Gabon selon lequel “le clan ne connaît pus de frontière” illustre à suffisance le caractère extensif de la parenté et constituait un facteur de paix intercommunautaire pendant la période pré coloniale. II y avait donc une interdépendance et une complémentarité au-delà des limites du territoire de I’ethnie. Cette parenté établie, il n’était pas rare de trouver des membres d’ethnies différentes vivre en parfaite harmonie dans un méme village, dans une même Ndokwe des Akele, I’Onkani, le Nkala des Ambama et des Teke, étaient à même de dissuader, de prévenir, de régler les conflits et d’imposer la paix au regard de leurs manifestations lors des initiations et des règlements des conflits, lors des débats autour des questions engageant la communauté. Ainsi, dans le sud Gabon, les sociétés secrètes initiatiques demeuraient les derniers réceptacles, les gardiennes de traditions transmises de génération en génération. Les populations, dans des zones géographiques déterminées, perpétuaient ces traditions au sein des sociétés secrètes qui étaient et sont encore l’expression d’un fond traditionnel commun même s’il s’exprime dans la diversité. Elles enseignaient une sagesse dont les préceptes utilisés par les chefs traditionnels nourrissaient le dialogue nécessaire à la résolution de tout conflit. Ces préceptes que sont la tolérance, l’acceptation de l’autre, le souci du compromis étaient à la base du succès de toute négociation. 2.2- Le partenariat commercial

Les peuples du sud Gabon ne menaient pas une vie autarcique. Ils entretenaient des relations d’échanges inter ethniques. Mais de toutes les formes d’échanges, seul le commerce favorisait l’établissement de solides liens d’amitié entre les populations de la côte et celle de l’intérieur du pays. II s’agissait d’un large réseau d’échanges commerciaux de type complémentaire auquel prenaient activement part les chefs traditionnels. Il se développa ainsi un partenariat commercial fondé sur la confiance et garantissant le bon déroulement du commerce entre les Lumbu, Vili de la côte, les intermédiaires Punu, Gisir et même Ambama et les Sangu, Tsogo, Apindji, Aduma, Nzébi etc., peuples de l’intérieur du pays. Associés, potentiels agents privilégiésdans la résolution des conflits et la restauration de la paix, les chefs qui, par ce biais, protégeaient leurs intérêts, alimentaient ces échanges de produits et de cadeaux. La fonction de ces échanges était de générer un climat de confiance favorable à la bonne marche des affaires. Ce climat permettait ainsi, tout comme la relation parentale établie au niveau des correspondances claniques, lignagères interethniques, la garantie de la paix propice à la circulation des personnes et des marchandises. Mais du fait de la pénétration européenne à l’intérieur des terres, ces rapports de partenariat s‘estompèrent, et l’établissement par ces populations des relations commerciales directes avec les commerçants européens fut un facteur de conflits inter communautaires. Car, le commerce, bien qu’ayant favorisé, dans un sens, de bonnes relations entre les peuples, n’en avait pas moins engendré de nombreux conflits dus en partie à l’attrait et à la convoitise des marchandises européennes. Le climat de paix qui caractérisait l’ensemble de la région fit place, ainsi, à un climat de tension et d’insécurité.

2.3- Les alliances matrimoniales,
gages de la paix Les chefs traditionnels qui se trouvaient au cacur des échanges commerciaux et qui détenaient le monopole des transactions commerciales grâce auxquelles ils amassaient des biens, des richesses et nouaient des relations interpersonnelles entre eux par des échanges, au niveau matrimonial, de femmes d’ethnies différentes. Ces alliances matrimoniales contractées entre ethnies voisines par le biais des chefs traditionnels avaient permis de renforcer les positions des uns et des autres dans le commerce et de garantir la bonne marche de celuici. 3- LES MECANISMES DE RESOLUTION DES CONFLITS ET DE LA RESTAURATION DE LA PAIX Les chefs de clans, de lignages et de villages formaient un collège qui représentait les peuples en conflit. Des émissaires étaient mandatés afin d’obtenir l’assentiment des groupes belligérants en vue de leur participation à la palabre en qualité de négociateurs. Ils choisissaient des médiateurs dont la mission était de retenir les points d’accord, éléments positifs susceptibles de déboucher sur ia résolution des conflits et la restauration de la paix.
3.1- Les principes et l’organisation de la palabre Lorsqu’un conflit survenait entre les peuples voisins du fait d’antagonismes sérieux, des procédures multiples étaient employées. Il y avait, tout au début, l’envoi d’émissaires. Leur rôle consistait à déterminer avec les parties adverses, des procédures et des personnes habilitées à conduire les négociations. En un mot, ils organisaient les modalités d’échange entre les belligérants. Les négociateurs dans les sociétés précoloniales du sud Gabon jouaient un rôle capital car ils permettaient de sortir les parties en conflit de l’impasse, de parvenir à un compromis et de mettre un terme aux conflits. Pour cela, ils devraient être détenteurs du verbe et avoir une connaissance parfaite des proverbes et adages, facteurs valorisant de leurs discours. Au cours de la palabre, ces éléments leur permettaient de mieux étayer leurs propos ou d’expliquer et de clarifier des situations. Le proverbe, en particulier, était l’arme principale du “Givovi” en pays Gisir, le meilleur était celui qui savait l’utiliser à bon escient. Les décisions émanant de la négociation étaient consacrées dans le cadre de ia médiation, elle-même composante de la palabre. La médiation requérait l’intervention des personnes susceptibles de faciliter ia communication, de servir de courroie de transmission entre les belligérants. Les médiateurs conduisaient ia médiation. Ils ne bénéficiaient pas du pouvoir de décision mais de ia confiance des protagonistes. La fonction de médiateur, dans les sociétés précoloniales d’Afrique au sud du Sahara, nécessitait des qualités particulières. Les médiateurs étaient choisis ou désignés en fonction de leur âge, c’étaient des vieillards, des anciens, des notables. Le critère de la sagesse prévalait ainsi que celui de ia connaissance de l’histoire de leurs clans, de leurs lignages mais aussi des clans et lignages des groupes en conflit. Le rôle des médiateurs consistait à faire entériner les décisions émanant des négociations entreprises par le collège des chefs traditionnels composé des chefs de clans, de lignages et de villages choisis par les belligérants en vue de restaurer la paix.
3.2- La procédure de ia restauration de la paix Chaque chef traditionnel selon l’engagement qui était le sien oeuvrait à l’application, dans son village, son lignage et son clan, des accords et décisions retenus par la médiation. La restauration de la paix collective découlait de l’application de ces décisions et résolutions dans chacune des aires géographiques composant l’espace où se déroulait le conflit.
CONCLUSION

Les conflits politiques d’aujourd’hui, dans 1’Etat moderne, requièrent une compréhension culturelle et sociologique, en ce sens qu’ils mettent en opposition des segments sociaux d’une même culture dans un cadre plus éclaté que celui des sociétés traditionnelles. Au coeur des conflits, on note des problèmes d’organisation sociale, de gestion des richesses naturelles, d’occupation des terres qui sont, en réalité, pensées et négociées en tenant compte des réalités culturelles des populations. Dès lors, les principes et les modalités de la prévention et la résolution des conflits sont tirés de la culture de ces populations. Il s’agit d’une culturetraditionnelle qui, malgré ia modernisation, a conservé les mécanismes qui sous tendaient l’organisation sociale tant à l’intérieur du village, du lignage que du clan. La question que nous nous posons est celie de savoir si les formulations modernes des mécanismes de prévention et de résolution des conflits, en Afrique, ne se résument pas à une modernisation des mécanismes anciens et traditionnels qui ont pour fondement la culture africaine de la paix. Il s’agit de prendre en compte et de valoriser les mécanismes de prévention et de règlement des conflits avec recours à la médiation des chefs traditionnels religieux, des leaders d’opinion et des représentants des communautés. villageoises, lignagères et claniques. L‘organisation moderne de la médiation pour la prévention et la résolution des conflits ne respecte-t-elle pas la démarche qui, transposée de la période précoloniale à nos jours donne à distinguer des protagonistes regroupés en négociateurs selon les espaces et les pôles de conflits, un ou des médiateurs choisis par eux, et le souci du négociateur de s’appuyer sur une ou des instances supérieures afin d’entériner les décisions ou les résolutions ? Les protagonistes sont les populations d’hier et d’aujourd’hui dont les représentants sont admis comme négociateurs. Le médiateur d’hier a gardé sa dénomination et sa fonction, puisque son rôle n’a pas changé : celui de recueillir les points d’accord et de divergence qui constituent l’armature de l’accord final et des engagements pour l’avenir. Le “conseil des anciens” de la période précoloniale regroupant les chefs de villages, de lignages et de clans est matérialisé aujourd’hui par la présence de représentants d’instances régionales et internationales comme l’Union Africaine (U.A.)e t l’organisation des Nations Unies (O.N.U.d) dont la compétence sert à mettre en oeuvre l’accord et les engagements pris.

Notes bibliographiques Alihanga M. Structures communautaires traditionnelles et perspectives coopératives dans la société Altogovéenne (GABON), Rome, 1 976. Loubamono Bessacque G.C., “Une lecture des rivalités lignagères chez les Ambama du Gabon”, dans lignage et territoire en Afrique aux XVIIIe & XIXe siècle, Pans Karhala 2000. Koumba-Manfoumbi M., Les Punu du Gabon, des origines à 1899 essai d’étude historique, thèse pour le doctorat de 3e cycle d’Histoire, Université de Paris I Sorbonne, 1987. Bah Tierno, les mécanismes traditionnels de prévention et de résolution des conflits en Afrique noire, disponible: http :www.unesco.org/cpp/publicatiodmécanismesedbah. Nsenguiyaremye D. et Gakusi Aie., “L‘environnement politique pour la résolution des conflits : le cas des pays des grands lacs”, dans Afrique 2000 Revue africaine de politique internationale n027/28, Avril- Octobre 1995. Touzard H., La médiation et Ia résolution des conflits, étude psychologique, Paris, PUF, 1995. 163
Monique Bouyou est une intellectuelle Punu qui a soutenue une thèse de doctorat de 3e cycle d’histoire, Université de Paris I Sorbonne, 1987 sur les Punu du Gabon, des origines à 1899 essai d’étude historique.

Oct 8, 2021

LA PALABRE CHEZ LES PUNU

        La palabre (au sens de dialectique juridique) reste le moyen approprié pour régler les différends qui opposent des membres de la communauté. Elle se déroule sur la place du village (ngangele) lorsqu'elle est élargie et dans le corps de garde (mulébi) quand elle est restreinte. Le plus souvent, les deux parties adverses, opposées par un litige, choisissent mbantse, l'avocat. Le juge est le sage du village. il peut aussi être choisi pour ses qualités oratoires et sa sagesse. Spécialiste de la palabre, il est désigné sous le vocable de nzontsi ou ngèle. L'assistance participe au déroulement de la palabre comme acteur, car elle joue le rôle _de juré et celui de répondant. En d'autres termes, tout intervenant sollicite la participation de l'assemblée à un écholembo, une expression énoncée par l'orateur et reprise en chœur par l'assistance.

 1. Le début de la palabre 

Tout intervenant commence par un attiret (expression qui consiste à attirer l'attention des actants et à leur demander le silence). Les attirets changent selon le type de palabre à régler. Quand il s'agit d'un litige concernant le mariage, l'adultère, le vol, le fétiche, la maladie, l'interlocuteur dit: - batu, les hommes; et l'assistance répond: oh ! -bigulu mambu matuji limba, ceux qui écoutent les paroles suivez, prêtez attention; l'assistance répond: limba, nous t'écoutons! A partir de cet instant le silence s'installe autour de l'orateur. - wu jabe diagu, si tu as conscience de tes propres problèmes; l'assistance répond: wu jabe di mbatsi, tu peux régler ceux des autres! 134 En réalité, cet attiret signifie que toute personne ayant conscience d'être un inculpé potentiel est conviée devant cette assemblée à demeurer objective. Avant de porter un jugement sur autrui, il importe au préalable de faire un retour sur soi. L'attiret change lorsqu'il s'agit d'un cas de décès. Les orateurs, bivovi, disent: - tsiengi vesa, c'est la mort; l'assistance répond: vesa; c'est la mort! -ibinde, c'est un malheur; l'assistance répond: ibinde, c'est un malheur! - ibinde gonge batu via, que le malheur passe loin des hommes et rapidement; l'assistance répond: via, rapidement!

 2. Le pendant de la palabre 

Le pendant est marqué par des séances de conciliabules (bafundu), des contes en rapport avec le litige présent, des proverbes qui vont être utilisés comme articles de référence pour donner une valeur juridique incontestable aux arguments des orateurs. Des tournures participatives, les chants, des paroles sous-entendues (mitsoki) et quelques pas de danse esquissés dans une sorte de dandinopraxie tiendront tous les participants en haleine. Le témoin, mbéji, est tenu de ne pas mentir. Car c'est à partir de ses dires que le tort, mbèle, ou la raison, ndunge est attribué à l'inculpé. Si l'accusé est de connivence avec une personne, un avocat de circonstance prononce l'écholembo suivant: jobotsu mulikimuliki mukandi gu, ils sont complices; l'assistance répond: u mosi, complices comme s'ils étaient une seule et même personne!

La scène du lembo ; lembo vient du verbe u lembule diambu, c'est-à-dire caresser un litige; autrement dit, résoudre un différend. Les hommes ne jugent pas, ils viennent caresser les conflits et mettre le fauteur face à sa propre conscience. Le but de cette rencontre est de lui apprendre à respecter les valeurs morales qui constituent le socle des bons rapports entre les hommes et que celles-ci ne soient pas remises en question. . 

3. La fin de la palabre 

La fin de la palabre est marquée par des affinets (expressions qui annonce la fin d'un plaidoyer). Chaque avocat et le juge disent à tour de rôle: - babale lembo, les hommes ont fini de trancher cette palabre; l'assistance répond: lembo, c'est fini! - diome nénu, que ces paroles aient de la valeur pour vous; l'assistance répond: ka, oui! n faut noter que ka est la forme contractée de kagulile, les ancêtres; kage les grands-parents. En d'autres termes l'assistance répond que ce conflit a été tranché à la manière des ancêtres. Ka signifie amen ou ainsi soit-il. (cf ngongo des initiés). 

Jan 24, 2021

Anciennes conversations Ivovi


Masllege Ghoghutugh En effet oui, Jean Manola. Si les griots tendent à se rarifier chez les punu, les Evovi, mieux "Bivovi", quant à eux pillulent encore chez nous. Ce sont eux qui animent les joutes verbales dans les cérémonies funéraires ou de mariages, etc. Ils ont le don de la parole, ils sont dotés d'une sagesse ainsi que d'une science historique et épique certaines. Tous les juges coutumiers sont aussi des Bivovi, et on en trouve dans chaque sous-clan. Mon père en était un, mais j'avais jamais su comment il faisait. Il était quelque fois sollicité dans d'autres contrées pour représenter son clan ou sa tribu.
Bonaventure Kassa Mihindou Ivovi est un débatteur qui maîtrise un savoir traditionnel à même de donner la réplique idoine à son vis-à-vis au nom du clan qui lui demande de parler pour lui (proverbes, contes, généalogies des familles, relations et autres faits transversaux entre les clans en pourparlers, procédure codifiée de la palabre ainsi que la sémantique qui va avec). Des bivovi, nous en avons encore d'excellents, et de plus en plus jeunes, chez nous.
Bonaventure Kassa Mihindou Il n'y a pas de secrets particuliers en cela, même si, toutefois, certains ont recours à la feuille "tangimine" qui permettrait d'améliorer la mémoire, afin de se souvenir de tout et d'éviter de radoter. L'expertise de l'oralité a ses canons qui sont reconnus par les assemblées d'auditeurs et de fins connaisseurs qui acquiessent à chaque énoncé. "u djabe diawu", dit l'ivovi ; "U djabe di mbatsi", ŕépond l'assemblé.

  • Il convient de signaler que les punu établissent une hiérarchisation de la parole . Celle -ci est 
 
Alain Roger Moussavou Bukulutu : Elévation spirituelle, grandeur spirituelle...
 e suis d' accord avec:
1. Alain Roger Musavu qui a choisi le vocable BUKULUTU dans le sens que la grandeur vient de la grande connaissance de soi, de son passe et de son Environnement social ou ecologique
2. D' accord avec Franck Mavioghe qui definit la grandeur de l' homme quant a sa quete de Noblesse, de fierte intime et statutaire ( BUNDUMBE) .
Tout cela se retrouve dans BUMUTU que nos parents bantu sud-africains appellent UBUNTU
Alain Roger Moussavou IRIMBE: Quand un homme meurt, il est demandé à la veuve de donner au clan maternel de son époux décédé, un tribut dénommé irimbe. Ce tribut sert à pousser le mari; l'expression consacrée est " U sindil mulumi", ainsi, la veuve enterre son époux.
Irimbe signifie que la veuve reconnaît que l'homme décédé était bien son mari. Elle dédouane ainsi sa progéniture, si elle existe. Elle sollicite la bénédiction de la famille du défunt sur les enfants...
Irimbe sert à dédommager la famille du défunt quand bien même la veuve n'est pas responsable de son décès...
IKUMBU: A la suite du décès de son épouse, il est démandé à l'homme de payer un tribut dénommé Ikumbu. Participent au paiement de ce tribut: les membres, les alliés, les enfants et les petits fils du clan de l'époux

Mavioga Franck Awou mè Maviog mwane Maviog ma muteli na Ndo Mukaghe. Tate Mugambu. Mame modji Boudiégui O Bisir bi ngossi. O yari yi tate, bakaghe bami Maviog ma Bouk mwisse Djungu O Malolu na Manfou- ma- Nzambe modji Bagambu. O yari yi mame, bakaghe bami Muka-Mbuti mwisse Dibure-Simbou O Tsumbu na Bivi- bi- Ivang mwane Manfou- ma- Pambou mwisse Mouile Mangondou na Ibing- yi- Mitoukou mwisse Mulandu Fuale.
Vous revenez de Tchibanga, à un poste de contrôle sur la nationale 4 entre Ndendé et Mouila, un gendarme Mupunu demande aux Punu qui sont dans le bus de décliner leur identité en donnant les informations suivantes en yipunu:
*Votre nom, le nom de votre père, le nom de votre mère, votre clan, le clan de votre père et le clan de votre grand père paternel.
Dans le bus se trouvent quelques dignitaires du groupe "PUNU CULTURE ET TRADITION", et le premier réagit comme suit:
* Mè dine diami Mussa Bignumb;
* Mè mwane Bignumb bi Mundungue;
* Ngudjami Mussunde Mussavu;
* Ifumbe yami Badumbi, Badumbi na dughandu du ghatughe, irumbu y kumu, iroghe i ma roghe mambe;
* Itadji yami Dibambe kadi, kotu mugnighe, bane mu niabi, diangue di ma bure mbéndi;
*Ikagha yami Budjale, Budjale bu djale matoghu dighumi na bane na nièmbe.
La synthèse donne: Mè la Mussu Bignumb, mwane Bignumb bi Mundungue na Mussunde Mussavu; mè mudumbi na dughandu; mè mwane dibambe kadi; ikaghe yami budjale. Voici la carte d'identité du Punu, à vous de présenter la votre. Linganuéé tuke vioghééé!!!!!!!

Raphael Mbadinga Tout commence par une jeune fille de budjal de la Plaine ( entendez par la de la Ngunie) qui se marie a un homme de Moabi ( Madjombi) du clan Djungu Pasi. Djungu c' est ilabu, muboghe,
Cette nouvelle mariee se rendit a Moabi accompagnee de son jeune frere, donc un de budjal. Ce dernier grandit la-bas et se declara proprietaire terrien autour de l' arbre sacre (le moabi) en prouvant au Chef Bavela qu' il avait plante les lances sur les cimes de l' arbre.
Le chef Muvel ordonna a un pygmee de grimper le moabi; il descendit avec des lances effectivement. Son beau-frere ( Muise-djungu Pasi) n' ayant pas pense a un conflit foncier n' avait pas des preuves. Le verdict tomba en faveur du jeune muiss-budjal ou Musung en inzebi -Masango, mais tout le monde savait bien qu' il n' etait pas originaire de Moabi.
C' est ainsi qu'on dit de lui qu' il est desormais Mudumbi du Inang yi- Moabi.
Nb: avant de vous facher, demandez a tous les badumbi de Masange, Mayumb, et d' ailleurs leur origine svp.
Placide Ibouanga Moussounda À Mr Fredh Souleymane Foumbi! Votre questionnement à propos des origines des Punu au sujet de la thèse de Mme Monique Koumba Manfoumbi m' amènent à réagir. J'ai une preuve irrefutable dont le fil conducteur est l'Artiste Gabonais Makaye Ma Mbumbe Christian alias Mackjoss. Ses chansons sur nos origines m'ont conduit depuis de nombreuses années à faire des recherches personnelles au Congo-Kinshasa dès que suis arrivé en France. Je me suis resolu d'abord à étoffer à parler le "Ingala" que je parlais et entendais déjá bien quand j'étais enfant, en plus du "Mùnù Kutùbá" langue parlée sur la Côtière de l'Océan Atlantique de Sette Cama, Mayumba (Gabon), Pointe-Noire, Dolisie (Congo-Brazzaville) à Matadi, Moanda et Boma dans le Bas-Congo (Ex Zaïre, actuellement Congo RD). De mes multiples fréquentations des Congolais de la RDC, j'ai croisé des personnes parlant une langue profondement apparentée au Punu. Cette langue est appelée le Bayaka, et est parlée par la population de la Région de Bandundu. Je citerai parmi mes rencontres l'Artiste célèbre Congolais Werrason que j'ai souvent rencontré à Paris et qui m'a surnomé "Mwana Muyaka". Lui expliquant mes recherches, ce dernier avec d'autres Congolais m'avaient confirmé que les Artistes Tabu Ley aujourd'hui décédé, Stino Mubi, Stervos Niarkos décédé en 1995, et beaucoup d'autres de l'orchestre Kiam sont issus des Bayaka ( groupe ethnique RDcongolais très apparenté linguistiquement aux Punu du Gabon et du Congo- Brazzaville). De mes autres recherches diverses, j'ai été amené autour du Lac Tanganika près de la Région de naissance de feu Laurent Désiré Kabila (Sud Maniéma) et les Régions du Lomami et du Tanganika) où j'ai decouvert une ethnie dont la langue parlée s'apparente linguistiquement également au Punu. D'ailleurs, j'ai un projet de sějour en RDC pour la poursuite de mes recherches... J'y reviendrai ultérieurement plus en profondeur là dessus... Car je suis actuellement entre les Lacs Tanganika et Kivu, la Région du Katanga, la Zambie et le Kénya dans le même objectif. Rassurez-vous Compatriotes que nous aurons beaucoup à nous dire... Alors, pour moi, la thèse de Mme Monique Koumba Manfoumbi va bien dans le sens de la réalité historique des origines Punu, même s'il y aurait de nombreuses incohérences et zones d'ombre... Aussi, je conseilllerai à nombreux d'entre nous de visiter les travaux de l'Abbé Mbumbe Buasse sur la question...
Raphael Mbadinga Ceux qui me suivent savent que je ne plonge jamais dans la polemique entendu que nous ne sommes pas en amphitheatre, nous essayons ici d' echanger entre contemporains, pour resrauration de notre identite culturelle.
A Franck Mavioghe je confirme que certains africanistes ont eu tort de vouloir separer le punu du Ghisir, du musangu, du muvungu, muvarme, du mulumbu et meme du muvili, nzebi.
Cetains africanistes ont affirme que le mupunu n' a aucun lien avec les loangu. Ce qui a permis a certains vili, lumbu, ghisir et varme de s' assimiler facilement aux ngomiene lorsque des politiciens gabonais appuyes par des Conseillers etrangers ont eu peur de la puissance d' une Multi-Ethnie Merie ( regroupant la majorite des peuples de Nyangou).
Bref, je confirme que ka-Buange, ka- Nyangi-Ngoyi et ka-Ndinge, ka Ngoli, ka-Upasi sont nos ancetres communs.
Raphael Mbadinga Un temoignage du Leadership des Badumbi que je puisse faire pwrsonnellement:
Le tres Puissant et charismatique chef des terres Maam-Bisielu-Bi-Hanze..Mes premieres annees d' existence 1960-70 ont ete bercees par l' autorite cantonale de Moabi.
Un des Sous-Prefets affecte chez nous avait tente de baisser l' autorite de.notre Chef de Canton en le giflant. La reaction de Maam--Sielu est loin de notre imagination contemporaine. Il a fait tomber de maniere ininterrompue la pluie et la tornade rien que sur la Residence et le Bureau du Sous-Prefet. La toiture volait en eclat, et quand il essayait d' entrer quelque part ailleurs, la pluie et la tornade s' abattaient sur les lieux. Lorsqu' il tentait de fuir dans sa voiture de service, la tornade et la pluie le poursuivaient partout. Le Sous-Prefet etait oblige de se prosterner a genoux devant le Chef de Canton.
2eme fait vecu:
Un Ingenieur Agronome ( fang du Nord) a viole malgre les consignes, les regles de la vie des etrangers a Moabi.
Il etait formellement interdit a tout etranger au clan Badumbi d' entrer dans le bois appele Miamba ( une foret interdite situee en plein centre de Moabi.
Mais le jeune Fonctionnaire fang defia les consignes du Chef de Canton.
Il entra dans le bois et y passa pres de 3 jours perdu alors que c' est un bosquet. Maam Sielu-Bi-Hanze reunit les fonctionnaires et leur annonca qu' il fera sortir le Jeune Ingenieur Agronome pour qu' il vienne temoigner.
Il sorti du bosquet avec la peau de l' abdomene ouverte et les intestins a la main. Apres avoir raconte sa mesaventure, il fut evacue a Libreville.........
C' est du vecu ..
Fredh Souleymane Foumbi Merci mon chèr Raphael Mbadinga.Tu réconnais la puissance des Badoumbi.Il n'y a pas que Moabi,car le coeur du Badoumbi se trouve à kibangou.
Il y a un mois un de mes grand père détenteur d'un certain pouvoir que je ne me permetrais pas de dire nous a quitté.Son nom Mbouingui Basil frère cadet
du chef de terre du village Moukatsou.
J'ai déjà signalé que les badoumbi ont un sang royal et la preuve est le Roi Malouango(ne pas confondre aux chef coutumiers).Celui ou celle qui parle du ou des badoumbi doit le faire par le mystique et non dans les thèses quoique cela reste des pistes de solution.
Comme à Moabi se trouve une forêt appelée bwal' bou koulou à Moukatsou où j'ai passé 10mn âgé de 11 ans et ce que j'ai vu dans
cette forêt.....En définitif,je ne remais pas en cause vos thèses,vos recherches,qui sont des pistes de solutions
mais vous n'y êtez pas encore.On ne parle pas des badoumbi avec les yeux des yeux.mais avec les yeux des grands.Allez comprendre pourquoi les bakouni ne sont pas nombreux,pourquoi les badoumbi ne pas nombreux pourtant des fils du Roi et pourquoi les badoumbi sont dans les vili punu lumbu par défaut chez les dzébi et le guissir qui furent des esclaves????
Encore merci Raphaël Mbadinga,lorsque je te lis je perçois la source.Tu as certainement été de l'autre côté et peut être avec les gens de là-bas qui ton expliqué beaucoup...
Alain Roger Moussavou L'histoire de la race noire nous enseigne que les Bapunu faisant partie des enfants du Kongo (Bena Kongo) viendraient de l'ETHIOPIE où les enfants du ciel étaient venus s'accoupler avec les enfants de la terre. De là, sortiront nos ancêtres qui vont se répandre en Nubie (EGYPTE), en Madiani, Kanana (actuel ISRAEL), en Nzambu (INDE), etc. Ainsi, va commencer la grande migration vers le sud par un rassemblement en ETHIOPIE des BENA KONGO sous la direction de MBIR DJULU (Aigle Royal) qui ordonna la grande majorité des BENA KONGO de quitter le Nord pour le coeur de l'Afrique (CONGO, GABON, ANGOLA...) via le ZIMBABWE.
Après le ZIMBABWE, les BENA KONGO se rendirent dans le désert du Kalahari .Une partie des BENA KONGO iront vers le Sud où ils se mélangèrent aux Hottentots, Bushmen donnant naissance au Peuple ZULU d'AFRIQUE DU SUD...
Donc, l'on retrouve les Punu en Afrique du sud, au Botswana, au Mozambique, au Lesotho, en Tanzanie, au Zimbabwe, en Angola, en RDC, au Congo Brazza.....
je=ni
tu=u ou wui(se lit ou. le ipunu on entend ou, on écrit u)
il/elle= a ou e( pour tous les genres et selon le style de celui qui parle)
nous=tu ou du o
u encore djetu( selon comme l'interlocuteur se sent plus ou moins aiser à parler. Mais l'usage de "du" est un pronom de modestie. quand quelqu'un veut se valoriser ou se vouvoier)
vous= du ou djou
ils/ elles= bé.
pour le verbe parler au présent, on dira:
Ni vossi
Wui vossi
E vossi
twi vossi
Dwi vossi
Bé vossi
On retrouve les Punu en Afrique du sud, au Botswana, au Mozambique, au Lesotho, en Tanzanie, au Kenya, au Zimbabwe, en Angola, en RDC, au Congo Brazza, au Gabon.
Bonne journée à tous !!!
 
 
   

Apr 28, 2020

Dénominations, importance et hiérarchisation de la parole chez les Punu

LA parole occupe une place primordiale dans la société et peut être considérée comme inhérente à celle-ci, elle est bien au-dessus d’un simple ‘’acte naturel’’ tel que le fait de marcher.
C’est une fonction non instinctive, acquise, une fonction de culture. Si l’individu parle, communique son expérience, ses idées, ses émotions, il doit cette faculté au fait qu’il est né dans une société.En premier lieu c’est le vocable mbémbù» qui est utilisé. Cette expression renvoie à la fois à la notion de « langue » dans le sens d' « ensemble de signes spécifiques aux membres d’une communauté servant de moyen de communication On ne peut donc pasdissocier ces deux réalités que sont parole et société-Le fait de parler chez les Punu se dit Uvòs. Dans cette communauté, la parole revêt plusieurs formes d’expression. Plusieurs termes désignent la paroleet en même temps de» considérée comme « l’ensemble des ondes sonores produites dans le larynx par la vibration des cordes vocales sous la pression de l’air sub-glottiqueCe terme renvoie aussi à la notion de parole entendue comme « la faculté de s’exprimer dans un langage articulé et une chose dite par quelqu’un à laquelle on accorde une valeur terme « mbémbù» que le révérend Père Joseph Bonneau« munu » : au sens premier, il désigne la bouche (organe). Il peut être aussi employé pour désigner les paroles qui sortent de la bouche des locuteurs. Ainsi, il est synonyme de ‘’version’’ utilise pour désigner la parole dans son lexique Punu- Français, puis FrançaisEn dehors de la notion générique de «mbembu », il en existe d’autres qui lui sont proches et qui prennent le sens de « parole» selon le contexte d’utilisation.- Ce sont entre autres les expressions suivantes :">gumà » :ce terme renvoie à une parole profonde, celle qui touche. On a ici l’idée d’un argument incontestable et qui fait autorité. Lorsqu’un ancien prend la parole au cours d’une cérémonie, si celle- ci vient trancher des avis contoversés ou apaiser des tensions, on dira par exemple « ah ça c’est la parole : a ́ yineIguma d’un récit. Cela montre l’association entre la parole et la personne humaine, la parole étant considérée comme une production mettant en scène plusieurs organes du corps humain. C’est à ce titre que les Punu considèrent que la meilleure parole «mulə̀ » ou la bénédiction doit venir du cœur « mùrím».
* « dilongu » : on utilise constamment ce vocable pour désigner le dialecte régionalparlé par les individus, nous l’assimilons au terme parole par rapprochement à «mbembu» qui renvoie à la langue. J. Dubois et alli (1994 :143) définissent que : Par opposition à la langue, le dialecte est un système de signes et de règles combinatoires de même origine qu’un autre système considéré comme la langue, mais n’ayant pas acquis le statut culturel et social de cette langue indépendamment de laquelle il s’est développé,

C’est donc tout naturellement que les locuteurs du yipunu emploient ce terme pour évoquer la notion de parole. Une parole qui a valeur d’avis, d’indications données à quelqu’un pour le guider. En somme, c’est une recommandation, un conseil.   

La langue et l’adjectif «lɛng» qui signifie léger. Quant à «yipunu i batme » cette expression signifie littéralement ‘’langue serrée ‘’ Les « paroles légères » désignent toutes les paroles ordinaires et sont comprises par tout le monde. Quant aux « paroles serrées », elles renvoient à tout discours échappant à l’homme ordinaire ou non initié. Les ‘’paroles légères’’ relèvent de l’usage quotidien. Nul besoin de voiler ou de codifier, le langage est accessible à tous. 

Les ‘’paroles serrées’’, par contre, font appel à une rhétorique, un niveau de langue parfois archaïque que seuls les initiés ou les cercles restreints peuvent comprendre.En fait, indépendamment de cette distinction et à l’observation, les « paroles légères » peuvent servir les « paroles serrées ». La devise par exemple, est portée par une « parole légère» dont tout le sens est à rechercher dans la « parole serrée », c’est le cas aussi pour le conte. Ce sont ces paroles serrées que l’on retrouve dans les énoncés tels que les proverbes qui sont des énoncés fortement poétisés et imagés, d’un niveau d’élaboration et de raffinement élevé. Ces « paroles serées » sont l’apanage des «nzontsi » et des «ivovis », des maîtres de la parole chez les Punu. Ces derniers manient la parole avec dextérité et détiennent la magie du verbe comme les griots d’Afrique de l’ouest. En effet, « Ils ne délivrent leurs messages qu’à travers un discours porté par des termes d’un niveau très élevé d’élaboration et de raffinement ».  

 Les «nzontsis »et «ivovis »ont un statut particulier dans la communauté. Ils bénéficient du respect et de l’admiration des autres membres de la communauté. Leur mission, estde veiller à transmission du patrimoine culturel et de maintenir l’harmonie et la cohésion du groupe. Ils jouent le rôle de juge coutumier et interviennent dans le règlement des conflits qui naissent dans la société.
Source: Amevi Christine Cerena Tomba Diogo

Jul 26, 2019

Ditsunda LA PALABRE CHEZ LES PUNU

Ditsunda ou palabre, joutes oratoires chez les punu ce genre intervient souvent durant les deuils, les mariages et il fait appel à d'autres genres comme le conte, le chant,les devises ou les proverbes.

La palabre (au sens de dialectique juridique) reste le moyen approprié pour régler les différends qui opposent des membres de la communauté. Elle se déroule sur la place du village (ngangele) lorsqu'elle est élargie et dans le corps de garde (mulébi) quand elle est restreinte. Le plus souvent, les deux parties adverses, opposées par un litige, choisissent mbantse, l'avocat. Le juge est le sage du village. il peut aussi être choisi pour ses qualités oratoires et sa sagesse. Spécialiste de la palabre, il est désigné sous le vocable de nzontsi ou ngèle. L'assistance participe au déroulement de la palabre comme acteur, car elle joue le rôle de juré et celui de répondant. En d'autres termes, tout intervenant sollicite la participation de l'assemblée à un écho lembo, une expression énoncée par l'orateur et reprise en chœur par l'assistance.

1. Le début de la palabre
Tout intervenant commence par un attiret (expression qui consiste à attirer l'attention des actants et à leur demander le silence). Les attirets changent selon le type de palabre à régler. Quand il s'agit d'un litige concernant le mariage, l'adultère, le vol, le fétiche, la maladie, l'interlocuteur dit:
 - batu, les hommes; et l'assistance répond: oh !
 -bigulu mambu matuji limba, ceux qui écoutent les paroles suivez, prêtez attention; l'assistance répond: limba, nous t'écoutons! A partir de cet instant le silence s'installe autour de l'orateur.
 - wu jabe diagu, si tu as conscience de tes propres problèmes; l'assistance répond:
wu jabe di mbatsi, tu peux régler ceux des autres
!En réalité, cet attiret signifie que toute personne ayant conscience d'être un inculpé potentiel est conviée devant cette assemblée à demeurer objective. Avant de porter un jugement sur autrui, il importe au préalable de faire un retour sur soi. L'attiret change lorsqu'il s'agit d'un cas de décès. Les orateurs, bivovi, disent: - tsiengi vesa, c'est la mort; l'assistance répond: vesa; c'est la mort!
 -ibinde, c'est un malheur; l'assistance répond: ibinde, c'est un malheur!
 - ibinde gonge batu via, que le malheur passe loin des hommes et rapidement; l'assistance répond: via, rapidement!

2. Le pendant de la palabre
Le pendant est marqué par des séances de conciliabules (bafundu), des contes en rapport avec le litige présent, des proverbes qui vont être utilisés comme articles de référence pour donner une valeur juridique incontestable aux arguments des orateurs. Des tournures participatives, les chants, des paroles sous-entendues (mitsoki) et quelques pas de danse esquissés dans une sorte de dandino-praxie tiendront tous les participants en haleine. Le témoin, mbéji, est tenu de ne pas mentir. Car c'est à partir de ses dires que le tort, mbèle, ou la raison, ndunge est attribué à l'inculpé. Si l'accusé est de connivence avec une personne, un avocat de circonstance prononce l'écho lembo suivant: jobotsu mulikimuliki mukandi gu, ils sont complices; l'assistance répond: u mosi, complices comme s'ils étaient une seule et même personne!
La scène du lembo ; lembo vient du verbe u lembule diambu, c'est-à-dire caresser un litige; autrement dit, résoudre un différend. Les hommes ne jugent pas, ils viennent caresser les conflits et mettre le fauteur face à sa propre conscience. Le but de cette rencontre est de lui apprendre à respecter les valeurs morales qui constituent le socle des bons rapports entre les hommes et que celles-ci ne soient pas remises en question.

3. La fin de la palabre
La fin de la palabre est marquée par des affinets (expressions qui annonce la fin d'un plaidoyer). Chaque avocat et le juge disent à tour de rôle:
- babale lembo, les hommes ont fini de trancher cette palabre; l'assistance répond: lembo, c'est fini!
 - diome nénu, que ces paroles aient de la valeur pour vous; l'assistance répond: ka, oui! n faut noter que ka est la forme contractée de kagulile, les ancêtres; kage les grands-parents. En d'autres termes l'assistance répond que ce conflit a été tranché à la manière des ancêtres. Ka signifie amen ou ainsi soit-il.

L'orateur pose une espèce de question à laquelle I’ assistance répond vivement.
Ces expressions sont les suivantes
- Na kodu na kodu tsangu mwa ? mwa
-Bighulu mambu matudji limba ? limba
-Gwisi ek gwende matsande mbo ? mbo
- Maghene ek mumwande mulende mia ? mia
-Diambu di mbatsi kingu nde ? nde
- Mbili mbili makande mbo ? mbo
- Babal lembo ? lembo
- Baghetu lembo ? lembo
- Na kodu na kodu bunzombu ? yeke
- Ba djaba ? ba djab kala
- Gwivula ibondu ? ibondu dja ngensa
- Ngumbe ek kot tsia mughaghe ? mughagha
- Ngumbe ek pal tsia mughaghe ? mughagha
Par: Nza-Mateki