Nôngu

Le terme nôngu (pl.banongu) désigne toute locution sentencieuse. Il s'agit d'un énoncé populaire qui se présente sous une forme concise et rythmée. Il peut correspondre à l'adage, à la maxime, au proverbe, etc. La littérature sentencieuse occupe une place de choix dans la culture punu. L'emploi des proverbes est l'apanage de ceux qu'on appelle les «forts en proverbes» banzonzi (sg. nzonzi), c'est-à-dire les chefs de villages, de cantons, les juges coutumiers, en un mot les sages. Un homme qui connaît très bien les proverbes et les emploie judicieusement, jouit d'une grande estime, car les proverbes traduisent le mieux la morale et la philosophie punu et qu'il n'est pas toujours facile de les placer à bon escient comme le dit le proverbe suivant:
     Nongu mughume murombi dyambu
     Proverbe / PN sg. (3) + acte # PN sg.(1) + chercheur - PN sg(5)+affaire |.
Le proverbe est un acte dont il faut chercher le problème. Le proverbe est la solution à un problème. L'utilisation opportune d'un proverbe topique fait donc sur l'esprit une impression vive. Les locutions sentencieuses ont un rôle didactique et juridique :
- le rôle didactique de ces locutions sentencieuses se perçoit par exemple lorsqu'à un enfant qui manque d'égards envers ses parents, l'entourage cite le proverbe suivant :
     mbasu akalesakame aghovyôlili munu. 
     nez PVsg(1)il a voir beau- être long#PVsg.(1) il1 fut.nég./dépasser/ PN sg.(3) + bouche ||.
   Le nez a beau être long, il ne dépassera jamais la bouche. Ce proverbe signifie qu'un enfant à beau être grand, fort, riche, il ne doit jamais désobéir ni manquer de respect envers les plus âgés. L'éducation traditionnelle se fait ainsi par l'enseignement des proverbes qui prodiguent des conseils et des règles de vie. A force d'entendre des proverbes à propos, les enfants acquièrent une sagesse pratique qu'ils mémorisent. Quant au rôle juridique joué par les proverbes, il est perçu dans les tribunaux coutumiers où un proverbe peut être développé jusqu'à devenir un récit d'après la règle judiciaire suivante:
    Ubike nôngu uvindighe
   P. inf. l'énoncer || proverbe# P.
inf.|| verser complètement ,pénétrer, le sens d'un proverbe et l'appliquer à une situation concrète. Cette application à une situation concrète est appelée kughu (pl.bakughu).
A partir de cet exemple, je peux soutenir qu'un énoncé sentencieux, en fonction de son utilisation et de sa structure, peut être désigné différemment, soit par nôngu, soit par kughu. La structure est condensée sous la forme d'un ou de deux énoncé :
 - la locution sentencieuse est constituée par un énoncé:
    *mwâne tsyane aghébôli nzaghu 
PNsg.(1)+enfant- orphelin 1PVsg.(1)il 1prés.nég.1ramasser+prés.1éléphantIl
 Un orphelin ne ramasse pas un éléphant.
Il ne faut pas se créer de problèmes quand on ne peut pas compter sur un soutien.
   *dilôngi asamabâse pônzi 
   PN sg.(5)+conseil || PVsg. (1)pas. nég.||rempli ||panier||
 Un conseil n'a jamais rempli un panier. Il ne faudrait pas donner des conseils à quelqu'un tous les jours pour que celui ci puisse comprendre. Une seule fois devrait suffire s'il est quelqu'un de sensé. Cette parémie est appelée nôngu.
-La locution sentencieuse est constituée par deux énoncés:
  *dingende katsyaghu
    PN sg.(5)+faible et petit- oncle + pos.
   2e pers. sing.#
   muyumbi katsi ngane
   PN sg.(1)+fort et grand- oncle- autrui||
 Le nain est ton oncle, le costaud celui d'autrui. Cela veut dire que ce n'est pas parce que ton oncle est petite faible qu'il faut lui désobéir et ne pas suivre ses conseils et choisir quelqu'un d'autre pour oncle parce qu'il est fort et grand.
   *Ngebi pa atsibule mbâange
     enfant / si / PVsg.(1) il / pas.
     |casser| noix palmistes
   #minu atsitase 
    PNpl.(4)+dent# PVsg.(1)il / pas /penser ||
Si un enfant décide de casser des palmistes, c'est qu'il pense avoir des dents solides.

Cela veut dire que quelqu’un qui entreprend quelque chose de périlleux,doit savoir qu'elle fait à ses risques et périls. Ce distique est appelé kughu. Comme il a été signalé plus haut,une locution sentencieuse peut faire l'objet d'un développement,d'une application à une situation concrète ou d'une explication et devenir ainsi un récit lors des règlements, des palabres, des différents à la coutume. Ce récit est désigné par le vocable kughu (pl.bakughu). Cette utilisation juridique et diurne des bakughu est réservée aux adultes pour étayer leur dialectique. En effet, au cours des séances du tribunal coutumier,ce sont les bakughu qui animent le débat. C'est au travers de ceux-ci que le juge manifeste la sagesse de son jugement et porte une leçon de sagesse pour éclairer la vie en société. La locution sentencieuse assure ainsi une fonction stratégique entant qu'acte de parole par le que l'on cherche à emporter l'adhésion de l'interlocuteur et elle se présente comme un discours de persuasion puis qu'il s'agit de convaincre l'interlocuteur. Le développement des parémies sous forme de récit pour expliquer le sens de l'énoncé proverbial fait que certains Bapunu considèrent de plus en plus«bakughu» comme synonymes de «tsavu»«contes, chante fables, etc». En fait, les bakughu se présentent comme des divisions intermédiaires entre les banongu et les tsavu.

Le Saviez-Vous?

De Nzambi et ma Pungu se retrouvent dans les trois versions du MUMBWANGA. Ils représentent le premier couple humain dans la cosmogonie punu.

Dûmbu, dwîmbu

Le terme ''dûmbu'' ( pl. nyûmbu) désigne en yipunu le chant ou la chanson. Son autre appellation est "dwî:mbu'' (pl. nîmbu). Il existe deux types de chants: les chants traditionnels et les chansons modernes.

Les chants traditionnels 

Les chants ont occupé et occupent encore une place importante dans la société punu. Ces chants appartiennent à tout le monde.Accompagnés à la sanza nzânge, à la cithare ngomfi, à l'arc musical mungongu, au tambour mu1ômbu ou ndungu, à la clochette kîndu ou à la tringle, ces chants peuvent être soit des chants rituels tels ceux chantés à la naissance des jumeaux pour les placer sous la protection des bons esprits ou encore ceux qui accompagnent les séances de divination chez les nganga muresitsi «devin-guérisseur»; soit des berceuses; soit des chants qui évoquent le comportement et l'activité de l'homme. Dans ce cas, le chant est reçu comme un message idéologique. Le plus célèbre chansonnier traditionnel punu et grand joueur de sanza est Maghulu Ngubi. Son talent confirmé et reconnu de chanteur et de musicien a fait qu'il a fortement influencé les auteurs compositeurs et interprètes modernes punu dont le plus grand est Christian Makaya ma Mbûmbe Mackjoss.

 
sanza  : nzânge

Les chansons modernes 

 Ces chansons ont pour thèmes: l'amour, le comportement et l'activité de l'homme, la politique. Pour les auditeurs punu, cette production chansonnière est reçue plus que le chant traditionnel comme un message idéologique. Ces chansons sont accompagnées à la guitare et aux autres instruments modernes.

Les benedictions du mariage

Bah, bah, bah, mè la Bussugu bu Dungue, mwane Dungue Nzambe na Massungue ma Kombile; mè mwisse Dibambe kadi, kote manive diangue di ma bure mbéndi; mè mwane Mubande na Mombi, fumu tsi mbatsi; Ilumbu na muni, tudji va dimbu di tate MOMBU mwisse Djungu passi a ma wètse mwanandi, dine diandi Madjintse ma Mombu, mulumiandi Mabunde ma Kontsu mwisse Budjale, budjale bu djale matoghu dighumi na bana na nièmbe; Batu ba ngane ba tsi tule na mudji, bake tsimbule na possi, budilu bu ghabe kintse; Di sile mughulu yi dibale o yé wèlangue mughétu o mu tadjandi; Mba ivunde y Mupunu a ma buke nongu yiri "Tali a ma ware na mamani, mulombu ake ware na bissidji, mughétu ake ware na dibale, mba dibala ake ghobangue na mughétu nane tsande é ghobli mu dilungu, nane mussangue é ghobili mu kingu". Kabogu, mè ni vossi vave mu diwèle di ta Mabunde na mame Djintse, va gha mussangue va gha mughughe, mussangue na passi, passi na passi u tabessune, mabura na malèla, pémbi na polu moniu nétsingu, mabi gho tsime maboti gho ghussu tuke va yiri, Djunguo...ô! , Dibambo...ô! , Budjalo...ô, Mubando...ô! , ba tato...ô! , ba mamo...ô! , ba kagho...ô! , miloluanioooo....ooo! , miloluanioo...ooo!, mawèle lembo...lembo!, mawèle lembo...lembo! , lembo lembo...lembo! ; tsaye tsayé...tsayé! tsaye tsayé... tsayé!!!
Contribution :  Moussavou Roger

Diwela le mariage

La conclusion d'un mariage traditionnel se déroule obligatoirement au domicile du père de la fiancée. C'est au père que s'adresse le prétendant qui demande la main de sa fille. Le père est souvent entouré , dans ce cas , des membres de la famille ou de son clan. Les oncles maternelles de la fille peuvent assister, mais ils n'ont pas voix de chapitre. Ils 's assurent cependant que le prétendant n'appartient pas au même clan qu'eux. Le père vérifie aussi le clan paternelle du prétendant qui ne doit pas être identique au sien. Les oncles attendent tout simplement que le père de la fille leur donne une part de la dot quand il a fini de marier sa fille. Les vérifications préalables sont d'une importance capitale car le mariage est impossible en cas de similitudes.

Si le prétendant est du même clan maternel que le père de la fiancée, elle devient sa fille.
Si le prétendant est du même clan maternel que les oncles maternelles de la fille, cette dernière devient sa sœur.Si le prétendant et la fiancée ont le même clan paternel, ils sont frères et sœur.
Le clan maternel se nomme IFUMBE tandis que le clan paternel se nomme ITADJI. La procédure adoptée prend généralement le schéma suivant:

Tout se passe au domicile du père de la fiancée c'est à lui qu'on adresse . Il est entouré de son clan maternel. Le fiancé est assisté de oncle maternel et de quelques autres membres de son clan . Le mariage est ici la rencontre de deux clans qui obéissent tous aux principes du matriarcat.

L'oncle maternel du financé est le porte parole autorisé de son neveu. Il peut arriver qu'on choisisse quelqu'un d'autre en l'absence de l'oncle. Le père de la fiancée utilise souvent un porte parole qui peut être membre de sa famille ou quelqu'un d'autre.

Tout le monde étant aussi, porte parole du père se lève, lance un salut général à toute l'assemblée. Il décline son identité complète et demande ensuite au camp du fiancé les raisons de sa venue dans ce lieu. Précisons que décliner l'identité complète consiste à dire à haute voix les éléments suivant: Son nom, le nom de son père, le nom de sa mère, le clan du père se père, le clan du père se mère, le nom de son village.Le porte parole du fiancé se lève à son tour et décline son identité complète. Il dit à l'assistance qu'il était en forêt pour chasser et qu'il a poursuivi un animal qui est rentré dans cette concession. Il reprend sa place. le porte parole du père de la fiancée se lève à nouveau pour demander au porte parole du fiancé de designer du doit l'animal qu'il a suivi.

Le porte parole du fiancé se lève encore et cherche du regard la financée qui désigne du doigt si elle est là. En cas d'absence , il se contente de citer son nom, le nom de son père et le nom de sa mère. Il arrive que la fiancée soit volontairement cachée par ses parents afin de la faire chercher pendant un instant par le camp du fiancé, mais ce n'est qu'un jeu. Après cela la fiancée est sortie de sa cachette pour venir s'assoir sur un banc placé à côté de son père ou de sa tante paternelle.

Le porte parole du fiancé se lève et dit qu'il souhaite acquérir l'animal qu'il a suivi. Il tend un billet de cinq mille franc à la fiancée. Cette dernière prend et le remet à son père. Ce geste signifie qu'elle accepte la demande de sa main. il est évident que des démarches précédentes permettent d'arriver à ces conclusions faciles.Le père remet un autre billet de cinq mille francs a sa fille pour aller le tendre au porte parole du fiancé. ce dernier le prend pour le remettre au fiance qui le transmet a son tour a son oncle maternel. Après ce geste, l'assistance applaudit. La première étape est donc franchie.

Le porte parole du père de la fiancée se lève pour demander a l'autre porte arole"d'entrer dans la maison et d'en sortir. cette expression signifie montrer de quoi il est capable , autrement dit présenter la dot.Le porte parole du fiance se lève et demande a ses membres de déposer tous les éléments de la dot au centre de toute l'assistance. Il se met a détailler élément par élément en présentant successivement:

  • Un service de table comportant , deux cuillères, deux fourchettes, deux couteaux, deux verres;
  • Deux sacs de sel marin
  • Deux têtes de tabacs en feuilles
  • Deux moustiquaires
  • Deux Machettes
  • deux haches
  • Deux cuvettes de ménages
  • Deux seaux
  • Deux marmites en fontes
  • Douze liqueurs dont six modèles différents
  • Quatre casiers de litres de vin rouge
  • Quatre casiers de bière
  • Quatre casiers de jus de fruit
  • Douze pagnes imprimes de six yard chacun
  • un costume et un chapeau
  • Une paire de chaussures
  • Un mouton ou son équivalent en argent
  • Une somme de trois cent mille francs en espèces

Il est à noter que cet exemple de dot correspond à la période actuelle faisant usage de la monnaie et de produits manufacturés. La dot dans les temps anciens étaient composée en grande partie de moutons, de poulets , nattes, de paniers, de haches ou de couteaux forges localement, de marteaux et d'enclumes, de raphia, vin de miel , de marmites en terre cuites, de calebasses etc...la plus part des éléments e la dot sont donnes en quantités divisibles par deux enfin de faciliter entre le clan paternel et maternel de la fiancée.

le costume , le chapeau et la paire de chaussure sont réservés de droit au père de la fiancée.

Chaque élément de la dot a une signification particulière qui marque le respect de la famille du fiancé pour celle de la fiancée. La dot étant complètement présentée, si aucun complément n'est exige, le frère cadet du père ou bien son neveu prend la fiancée par la main et va la remettre symboliquement à l'oncle du fiance. Elle prend place au siège pose à côté de lui.La famille du fiancée est ensuite invitée à un grand repas prévu pour la circonstance.Apres le repas , la famille du fiancée retourne chez elle sans la mariée qui sera accompagnée une semaine plus tard par sa famille . cette dernière apporte surtout des provisions alimentaires a la belle famille de leur fille. En ville, il s'est installé l'habitude de fournir du linge de maison et des ustensiles de ménages au nouveau couple.

Quand la mariée est accompagnée au domicile de son époux , une petite cérémonie rituelle de bénédiction du couple y est organisée par les tantes de la mariée, pour terminer , des conseils sont prodigués aux couples par les deux familles.Dans cette conclusion du mariage on peut remarquer la place centrale du père du côté de la fiancée et celle de l'oncle maternelle du côté du fiancé. Ceci montre que c'est tout le clan du fiancé qui vient épouser la femme car l'oncle maternelle symbolise le chef de clan.

Le père de la fiancée qui est en est le géniteur , je dirais même "propriétaire" se trouve aux premières loges sans que le frère de son épouse vienne lui réclamer une parcelle de ce privilège. L'oncle maternel de la mariée reprend sa place de responsable de clan après la cérémonie de mariage , c'est à dire au moment du partage de la dot entre clans paternel et maternel de la mariée. Cependant , l'oncle ou son représentant est tenu d'être présent à la cérémonie du mariage car il prendra la place du père en cas de divorce.

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Source : Nza Mateki, Nzamba Martin, contes et débat traditionnel chez les punu.

Ditsunda LA PALABRE CHEZ LES PUNU

Ditsunda ou palabre, joutes oratoires chez les punu ce genre intervient souvent durant les deuils, les mariages et il fait appel à d'autres genres comme le conte, le chant,les devises ou les proverbes.

La palabre (au sens de dialectique juridique) reste le moyen approprié pour régler les différends qui opposent des membres de la communauté. Elle se déroule sur la place du village (ngangele) lorsqu'elle est élargie et dans le corps de garde (mulébi) quand elle est restreinte. Le plus souvent, les deux parties adverses, opposées par un litige, choisissent mbantse, l'avocat. Le juge est le sage du village. il peut aussi être choisi pour ses qualités oratoires et sa sagesse. Spécialiste de la palabre, il est désigné sous le vocable de nzontsi ou ngèle. L'assistance participe au déroulement de la palabre comme acteur, car elle joue le rôle de juré et celui de répondant. En d'autres termes, tout intervenant sollicite la participation de l'assemblée à un écho lembo, une expression énoncée par l'orateur et reprise en chœur par l'assistance.

1. Le début de la palabre
Tout intervenant commence par un attiret (expression qui consiste à attirer l'attention des actants et à leur demander le silence). Les attirets changent selon le type de palabre à régler. Quand il s'agit d'un litige concernant le mariage, l'adultère, le vol, le fétiche, la maladie, l'interlocuteur dit:
 - batu, les hommes; et l'assistance répond: oh !
 -bigulu mambu matuji limba, ceux qui écoutent les paroles suivez, prêtez attention; l'assistance répond: limba, nous t'écoutons! A partir de cet instant le silence s'installe autour de l'orateur.
 - wu jabe diagu, si tu as conscience de tes propres problèmes; l'assistance répond:
wu jabe di mbatsi, tu peux régler ceux des autres
!En réalité, cet attiret signifie que toute personne ayant conscience d'être un inculpé potentiel est conviée devant cette assemblée à demeurer objective. Avant de porter un jugement sur autrui, il importe au préalable de faire un retour sur soi. L'attiret change lorsqu'il s'agit d'un cas de décès. Les orateurs, bivovi, disent: - tsiengi vesa, c'est la mort; l'assistance répond: vesa; c'est la mort!
 -ibinde, c'est un malheur; l'assistance répond: ibinde, c'est un malheur!
 - ibinde gonge batu via, que le malheur passe loin des hommes et rapidement; l'assistance répond: via, rapidement!

2. Le pendant de la palabre
Le pendant est marqué par des séances de conciliabules (bafundu), des contes en rapport avec le litige présent, des proverbes qui vont être utilisés comme articles de référence pour donner une valeur juridique incontestable aux arguments des orateurs. Des tournures participatives, les chants, des paroles sous-entendues (mitsoki) et quelques pas de danse esquissés dans une sorte de dandino-praxie tiendront tous les participants en haleine. Le témoin, mbéji, est tenu de ne pas mentir. Car c'est à partir de ses dires que le tort, mbèle, ou la raison, ndunge est attribué à l'inculpé. Si l'accusé est de connivence avec une personne, un avocat de circonstance prononce l'écho lembo suivant: jobotsu mulikimuliki mukandi gu, ils sont complices; l'assistance répond: u mosi, complices comme s'ils étaient une seule et même personne!
La scène du lembo ; lembo vient du verbe u lembule diambu, c'est-à-dire caresser un litige; autrement dit, résoudre un différend. Les hommes ne jugent pas, ils viennent caresser les conflits et mettre le fauteur face à sa propre conscience. Le but de cette rencontre est de lui apprendre à respecter les valeurs morales qui constituent le socle des bons rapports entre les hommes et que celles-ci ne soient pas remises en question.

3. La fin de la palabre
La fin de la palabre est marquée par des affinets (expressions qui annonce la fin d'un plaidoyer). Chaque avocat et le juge disent à tour de rôle:
- babale lembo, les hommes ont fini de trancher cette palabre; l'assistance répond: lembo, c'est fini!
 - diome nénu, que ces paroles aient de la valeur pour vous; l'assistance répond: ka, oui! n faut noter que ka est la forme contractée de kagulile, les ancêtres; kage les grands-parents. En d'autres termes l'assistance répond que ce conflit a été tranché à la manière des ancêtres. Ka signifie amen ou ainsi soit-il.

L'orateur pose une espèce de question à laquelle I’ assistance répond vivement.
Ces expressions sont les suivantes
- Na kodu na kodu tsangu mwa ? mwa
-Bighulu mambu matudji limba ? limba
-Gwisi ek gwende matsande mbo ? mbo
- Maghene ek mumwande mulende mia ? mia
-Diambu di mbatsi kingu nde ? nde
- Mbili mbili makande mbo ? mbo
- Babal lembo ? lembo
- Baghetu lembo ? lembo
- Na kodu na kodu bunzombu ? yeke
- Ba djaba ? ba djab kala
- Gwivula ibondu ? ibondu dja ngensa
- Ngumbe ek kot tsia mughaghe ? mughagha
- Ngumbe ek pal tsia mughaghe ? mughagha
Par: Nza-Mateki

L'épopée Musamu kughu

L'épopée est appelée dusavu du mumbwang «le récit de Mumbwanga». Ses autres appellations sont: 
-Mutubi Nzâ:mbi : celui qui réalise des exploits, des miracles; il s'agit du nom du héros; 
-Mumbwang ou Mbwâng: c'est un grand guerrier, très fort et très puissant; c'est aussi le nom du héros; 
-Musamu kughu: récit interminable, qui ne finit pas. D'ailleurs, les Anciens disent: «musamu kughu aghéduku», «Il est difficile de suivre la narration de ce très long récit car il dure des heures et  des heures». Musamu kughu est la véritable appellation de l'épopée. 
Musamu kughu «épopée»et dusavu «conte»ne sont pas des genres fondamentalement distincts. Ce nains contes sont des fragments de l'épopée.
Par : Kwenzi Mikala

kûmbu surnom-devise

kûmbu

Les surnom-devise ou kûmbu (pl. bakumbu) est un nom que le père donne à son enfant en même temps que son nom de naissance ou bien que quelqu'un choisit une: fois qu'il devient grand,ou encore à l'occasion d'une initiation. C'est à cette occasion que l'on peut changer de surnom-devise au cours de sa vie. Ainsi,un enfant qui reçoit un kûmbu à sa naissance, peut en choisir lui-même un autre.
Dans ce cas, le surnom-devise va rappeler telle qualité, tel comportement, te l'acte remarquable, dont le porteur a quelque raison d'être fier. C'est un nom que l'on clame. Il est récité à partir du moment le porteur a pu obtenir de son père,de son grand-père,ou de son oncle, les explications du surnom-devise que l'on appelle mikâki (sg. mukâki). Les explications du kûmbu sont normalement obtenues à la puberté. Enfait, cela dépend souvent du bon vouloir de celui qui détient le explications.
 Le kûmbu est récité lorsque son porteur éternue, lorsqu'il heurte un caillou , lorsqu'il rencontre quelqu'un qu'il n'a pas vu depuis longtemps, lorsqu'il veut se présenter à quelqu'un qu'il ne connaît pas,etc. Cela se fait de la manière suivante: 
-l'interlocuteur: «Kumbu diba:le?» 
- le porteur du surnom (ici l'auteur de la thèse): «Tângu» 
1-l'interlocuteur:«Tangwe!»
2-le porteur du surnom:«Dikake dikâri muba bangebi
mubande bisi ilike. Kokû bus ndayu mutu Yivunyi
oma burulu muûbyatse bambâ:tsi». 
Cet échange  est appelé utânde kûmbu c'est à-dire «présentation du surnom». Le kûmbu traduit une certaine façon d'être au monde du porteur, une certaine conception de ses rapports avec autrui, etc. 

Certaines personnes ne sont désignées que par leur kûmbu.
 Les mikâki sont des formules figées. C'est toujours le même texte qui est clamé.Comme l'écrit Vansina: «La devise est un genre à part caractérisé par une forme figée(...) qui exprime une caractéristique typique de la chose à laquelle elle s'applique»

Ici il s'agit plutôt du porteur de ce surnom-devise. Les paroles de la devise appartiennent à la tradition parce que transmises de génération en génération. Certains peuvent se demander comment un kûmbu peut-il être à la fois figé, transmis de génération en génération et être adapté à la personnalité du porteur. En fait, c'est simple. A l'instar des noms de naissance. Les bakumbu préexistent. Il suffit d'en choisir et de se faire donner les explications. Le surnom devise et ses explications sont des formules figées,c'est-à-dire qu'on ne peut ni rajouter ni retrancher un mot. Ces formules sont donc transmises mot à mot d'une génération de porteur à une autre.
Par : Kwenzi Mikala 

Le conte gabonais

Le conte gabonais est le genre oral qui représente dans la littérature orale gabonaise la permanence. En effet, par sa forme concise et brève, par ses procédés stylistiques et sa fonction didactique, le conte oral traditionnel gabonais participe à la formation de l'individu. Il est au cœur de la vie du peuple traditionnel gabonais. La permanence de ce genre dans le monde traditionnel gabonais peut s'expliquer par la force fonctionnelle que lui reconnaît ce peuple de civilisation orale. 

Il est en effet courant de constater que la répartition des genres et des types oraux en littérature africaine englobe pêle-mêle les contes, les épopées, les mythes, les fables, les devinettes, la poésie de circonstance (mariage, retrait de deuil)... Il y a dans ces classifications, une énumération hétéroclite qui peut s'expliquer par la méthode descriptive souvent utilisée en anthropologie et en ethnologie. Cette démarche descriptive et énumérative n'a pas facilité jusqu'alors mon identité littéraire. Traiter du conte oral traditionnel gabonais nécessite que l'on définisse ce qu'est ce genre, au vu de ce peuple ; nous nous efforcerons ensuite de présenter les conditions d’énonciation du conte, l'acte du conteur et ses corollaires, le texte; déclamé et ses fonctions. Nous rapportons ici le résultat d'une enquête effectuée Nouguembé (Mbigou) à Boué et à Libreville.

Conte : comment t'appelle-t-on ?

 Comme le fait remarquer J. Cauvin, il se trouver que le mot conte» ne recouvre pas partout les mimes réalités et les mimes différents mots africains traduits en français par « conte » ne sont pas nécessairement des « contes » au sens français du terme. Pour essayer de cerner de plus près la réalité exacte que telle société orale appelle un conte» dans sa langue, il faut situer cette réalité parmi les autres manifestations de la tradition orale » (1).
Le mot qui désigne le conte doit tenir compte des particularités propres à la langue et  la culture d'origine. Il s'agit de montrer ce que recouvre chacun des mots en fonction de la culture d’où émane le texte. Georges Mounin affirme que « pour traduire une longue, il faut remplir deux conditions: étudier la longue étrangère,
__________________
(I) Jean Cauvin. Comprendre les contes, les classiques African's. St Paul. 1980 p. 5.

 étudier systématiquement l'ethnologie de la communaute dont cette langue est l'expression » (2). Chez les Apindji, le mot « Nkana » désigne le conte, la légende, le proverbe ; cela est aussi vrai pour les Myènè avec le mot Nkogo » : proverbe, dicton, maxime. Chez les Punu, le mot « Tsavu » signifie approximativement en français «conte ». Ce même mot peut designer en même temps la devinette. Pour ces differents peuples du Gabon, il n'existe pas de termes précis pour exprimer la légende ou le mythe. Ceci ne veut pourtant pas dire que ces genres ne font pas partie de la culture de ces peuples : le  Mubwangue » chez les Punu peut être assimilé à une épopée et il existe chez les Apindji l’épopée de Mossodoué qu'on peut tout à fait rapprocher du Mvet Fang par la longueur, l’intensité dramatique et les faits guerriers.

Le conte gabonais peut avoir recours à l'histoire en rapportant des faits réels qui se sont produits dans un village ; son lien avec la légende s'explique par l'association qui fait son charme, à savoir la mise en scène du réel et de l'imaginaire. S’intégrant a la légende, il prend un « ton » sérieux. Son recours fréquent au mythe et à l'histoire des cosmogonies des peuples du Gabon le rapproche de l’épopée. Il est au cœur de tour les genres. Tout l'inspire, tout tourne autour de lui. Sa double vocation (divertir / éduquer) est au centre des préoccupations du peuple rural et traditionnel gabonais. On peut le définir comme un récit oral et populaire qui participe dans la civilisation orale gabonaise a un processus de communication littéraire. Cette narration à des règles et une codification particulières. Ce sont les signes du récit qui sont immanentsà sa profération qui feront mieux apprécier l’originalité de ce type de texte.

et quand te conte-t-on ?
La profération du conte oral traditionnel gabonais est généralement faite la nuit.
________________________
(2) G. Mounin. Les problèmes théoriques de la traduction, Gallimard, Paris, 1963, p. 263.
0. Kombila, Approche sémiologique du Mbwang, épopée Punu, mémoire de Maîtrise, 1989.

Des raisons culturelles, psychologiques et sociologiques peuvent expliquer cette atti-tude. Malgre son caractere profane, le Conte oral gabonais aurait des origines sacrées. "C'est une parole littéraire qu'il faut rattacher au divin », affirme la vieille  Mat... (Nzebi du village de Mouguembe). La parole littéraire orale traditionnelle mise ainsi en relation avec Dieu prend alors toute son importance et ne peut se dire que la nuit. La nuit représente aussi le moment de fusion du monde des ancetres avec celui des vivants ; elle favorise le rapprochement des vivants et des morts. Dire un conte le jour serait profaner les dieux et les Ancêtres (qui ont toujours dit les contes la nuit). Enfreindre cette coutume à pour conséquence immédiate. La mort, la malchance (chez les Kota et les Sake). On conte en toutes saisons.

 Des raisons sociologiques peuvent expliquer cette pratique du contage la nuit. La communaute villageoise est essentielle-ment caractérisée par la vie rurale. Ces exigences agricoles ne permettent pas des rassemblements pour une activité littéraire. La nuit permet le recueillement ; c'est le temps du repos. On conte autour du feu, dans le corps de garde (Bandja) ou au campement.

Comment te conte-t-on ? 

Il n'existe pas de conteur professionnel, mais les locuteurs des ethnies enquêtées s'accordent à dire qu'un bon conteur est avant tout un bon orateur. Aucun critère d'age, ni de sexe n'est retenu. Le conteur doit dire son texte en restant le plus pros possible du texte originel, que le public connaît. Redisant des contes connus de tour, son travail de la parole littéraire consiste à se singulariser par sa performance, son savoir-faire, son aptitude a briller devant un auditoire : geste, voix, emphase, creation et recréation constituent la panoplie et la richesse du conteur gabonais. Comme l'affirme B. Mouralis, il s'agit pour le conteur de redire mais de dire avec efficacité or l’efficacité suppose nécessairement une adaptation et une sensibilité du conteur à son public »
___________________
(3). Art populaire par excellence, le conte oral traditionnel gabonais est une manifestation collective faite pour tous et avec la participation de tous.


Le conteur et son public
C'est la présence du public qui établit la style et l’authenticité de l' acte de creation littéraire. Le public est « co-auteur ». Il lui arrive de corriger, de rectifier le conteur. Le conteur ne chantera pas pour lui, il fera partager son savoir a la communaute toute entière. Le contact s’établit grâce a une langue de communication propre au conte : formules-types, réponse traditionnelle, hochement de tête...

Le conte oral traditionnel profère
Les formules figées et stéréotypes sont fréquentes au début du conte. Ces formules d'introduction permettent le contact du conteur avec son public. Ces formules se résument généralement dans les nombreuses ethnies a une première prise de parole du conteur, ensuite intervient la réponse du public. Nous rapportons des exemples de quelques ethnies.
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Myene conteur : Zikani Nkogo
public : Yeno 
Fang conteur : Owoula Yèè
public : Yèè
Bakota / Sake conteur : Nzambi Dzio
public : Dzio
Apindji  conteur : A Pake
public : A Kombe

Ces formules initiales sont, pour certaines ethnies, difficiles a traduire. Ce sont des énoncés. L’intérêt de ces dits réside dans le code de la narration. ils servent à catalyser, à déclencher le processus de communication littéraire en milieu traditionnel gabonais.
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(3) B. Mouralis. Littérature et développement, Silex, Paris 1983. p. 198. 
 
C'est le cas du « Betate » qu'on répète inlassablement a chaque début de conte! chez les Punu. Les formules finales procèdent du même état d'esprit : on dot la séance de conte: soit pour inciter à la prise de parole, soit pour mieux présenter la finalité pratique de la morale racontée. La formule finale Apindji est : Conteur : « Toma Koda va dyè » ( D'où est-ce qu'on s'est arrete?) et le public répond : « Te vo » (par là). Le texte profère se présente généralement comme une histoire simple ayant pour situation initiale un conflit (transgression d'un interdit, famine, sécheresse ...). Le récit met en scène très peu de personnages. Des le début du conte, le narrateur campe la psychologie des personnages en un trait de caractere qui n’évolue pas. L'intrigue se résumé à la résolution d'un conflit préalablement annonce. On suit le conteur, qui garde la thématique essentielle du conte, ce qui ne l’empêche pas de broder autour de l'histoire, mais les détails rapportes ne sont pas des récits enchâssés. Au-delà de la langue propre a l’énonciation du con te gabonais, le niveau de langue du conteur a aussi son importance, de même que son expression, sa verve, son éloquence. Le conteur-auteur mime. Le geste accompagne la parole. Cette forme de langage du conteur est aussi significative que la récitation elle-même. Très souvent, ces éléments sont autant de signes qui parviennent au public, dormant au conte une infinité de précisions sur les modalités des événements contes. L'aspect théâtral est strictement associé à la pratique de contage. Le conteur incarne et personnifie chacun des personnages intervenant dans le récit.

Le conteur use de toutes les ficelles de l'art oratoire, il veille à son style par le choix des mots, des images adéquates, des tournures de phrases, des gestes signifiants. On conte généralement dans une langue accessible, la redondance est appréciée et la répétition des séquences ou des phrases ne lassent pas le public. La pratique du contage est intimement liée à la musique. Le chant est compose d'un couplet dit par le narrateur, et d'un refrain que l'assistance reprend en chœur. Ce chant peut être repris plusieurs fois. Il existe des chansons d'ambiance et d'autres qui sont internes au récit évoluant ou changeant avec l'action. Ces chansons qui parcourent tout le conte oral constituent à la fois un élément d'ornement de texte et de participation. Les personnages vedettes qu'on trouve dans le conte gabonais sont : la tortue (toujours malicieuse et rusée, mais parfois perdante), la panthère (poltronne), le gorille, l’éléphant, la gazelle, le rat... Et bien d'autres animaux (4). Des humains interviennent aussi dans ces récits, c'est le cas d' Ogoula chez les Myènè , de Yedi et de Mikweki chez les Bandjabi, et chez les Apindji, du très monstrueux Gebodu-bodu. Tous ces êtres anthropomorphises ne sont que des « porte-brassards » qui jouent la comédie humaine. A travers l'aspect ludique du conte, il ressort toujours une morale, c'est pour-quoi le conte remplit une fonction éducative. Le conte étiologique (que certains théoriciens rapprochent du mythe) livre des connaissances géographiques, d'histoire naturelle ; d'autres contes sont des véritables vade mecum de la vie sociale. L’oralité pure n'existe plus au Gabon. La pratique du contage se perd dans les grandes villes au profit d'autres types de culture. On assiste de plus en plus à une oralité mixte ou la prédominance de récrit et des médias semble nette et victorieuse. Quelques réalisateurs et comédiens de la Télévision Gabonaise font revivre les textes de la tradition (« le tison enchanteur »), et à l’université, le Luto (laboratoire Universitaire des traditions orales) essaie de sauver de l'oubli cette richesse nationale.
Par Pierre Monsard.