Chou Chou lazare, L’enfant chéri de la mode gabonaise

«Les africaines doivent oser être des Reines lorsqu’elles s’affichent dans les grands événements artistiques internationaux comme les festivals de Cannes ou Deauville ! Pour moi, la femme est une Reine, audacieuse, imposante, majestueuse. Elle doit l’être chaque jour, mais plus encore lorsqu’on la regarde .»

Chouchou Lazare, de son vrai nom, est né il y a une trentaine d’années dans la N’gounié. Sa maman, couturière occasionnelle «pour arrondir ses fins de mois», dit-il, lui a insufflé sa passion très jeune.
Un succès immédiat

«Comme je savais dessiner, je faisais les dessins de modèles que ma mère réalisait. Ou bien je reprenais des modèles de catalogue pour les adapter. Mais je n’imaginais pas du tout en faire mon métier. Pour moi, c’était un métier de dame !» Chouchou Lazare sourit en évoquant ces souvenirs. «De la troisième à la première, j’ai dessiné et cousu des modèles en cachette. Je les vendais à Port-Gentil ou à Gamba, mais sans dire qu’ils étaient de moi. J’en étais fier pourtant et c’est ce qui m’a démasqué !» dit-il avec ironie. «Un copain de classe, Sylvestre, a remarqué ma signature sur un vêtement. Je m’attendais à ce qu’il se moque. Mais au contraire, il m’a convaincu que je devais continuer... au grand jour. Il m’a persuadé de réaliser un défilé pour le Lycée. Le succès fût immédiat. J’étais dépassé. Je passais à la télé, on me reconnaissait dans la cour du collège, dans la rue. Ce succès me grisait. Je n’ai pas mis très longtemps à y prendre goût.» Chouchou Lazare rougit un peu de modestie en se remémorant ses premiers pas dans le monde des stars. ««Oh, je ne pensais pas être une star. Ce succès me surprenait, mais j’étais très fier de mes modèles, même si, avec du recul, je me rends compte combien j’étais loin de la perfection à laquelle j’aspire aujourd’hui ! Je considérais encore, à cette époque, que la mode n’était pas un vrai métier pour un homme. Je cherchais ce que j’allais faire comme profession qui me permette de voyager. Après le bac, je me suis inscrit à un concours pour devenir stewart. Heureusement, ils n’ont pas voulu de moi...» dit-il dans un grand éclat de rire. «Je me suis inscrit dans une école de gestion et marketing. J’ai tenu deux ans, malgré mes déplacement fréquents qui me faisaient manquer les cours. J’étais invité à présenter mes modèles, et je n’aurais pas supporté de sacrifier ma passion pour les cours. Petit à petit, je me suis fait à l’idée de devenir couturier. J’ai arrêté en troisième année, non pas parce que je n’y arrivais pas, mais parce que j’avais décidé de faire de ma passion mon métier.»

«C’est Gisèle Gomez, l’une des première styliste d’Afrique à être vraiment reconnue, qui, m’a donné l’image que je me fais aujourd’hui de la mode : un métier noble, un véritable travail de valeur dont je suis extrêmement fier. Alors j’ai foncé. J’ai fait ce que je voulais. C’était un vrai choix.» Chouchou Lazare se tait un instant. «La seconde personne qui m’a vraiment permis de devenir styliste, c’est Alphadi. J’étais autodidacte, formé par ma maman, elle même autodidacte. Un problème se posait avec un tissu, une couture ou un modèle, je cherchais une solution... D’ailleurs c’est toujours un peu ça» soupire-t-il avec un sourire énigmatique. «Alphadi m’a permis de suivre un stage de formation à Niamey financé par la Coopération Française. C’était très dur. Il faisait une chaleur !!! Un enseignant de l’école «Esmod» de Paris nous a enseigné les techniques de modéliste. J’ai énormément progressé. Ce que j’ai appris de ces professionnels aguerris m’a permis de développer mes idées, de me libérer de nombreux problèmes techniques qui me bridaient. Après ça j’ai vraiment commencé à sentir mon style s’affermir. Ce que je faisais ressemblait à ce que je pensais. Je suis encore très loin de me sentir pleinement satisfait de tout ce que je fais, mais j’ai gagné beaucoup d’assurance.»

Premier Prix de Création
«L’étape suivante, ce fût la Biennale de Saint Etienne Design 2002. Il y avait le monde entier !» Chouchou Lazare lève les yeux aux ciel. «Le monde entier de la création et du design était représenté. C’était passionnant. J’y ai décroché le premier Prix de Création. J’étais très fier. Je le suis toujours. Les jours suivants furent éblouissants. J’étais invité à la télévision française, invité à voyager.» Chouchou Lazare sort les coupures de presse, les pages de magazines. «J’ai eu enfin le sentiment d’arriver à une certaine reconnaissance. On parlait enfin de moi comme d’un styliste de mode. Je dois beaucoup à mes amis du Gabon, Monsieur Worronco en particulier, le Directeur de Gestim. Sans lui, je ne pourrais pas voyager aussi souvent, et pour progresser, pour me frotter aux autres stylistes, pour découvrir, pour évoluer, j’ai besoin de ces voyages. J’achète mes tissus à Paris, au Marché Saint Pierre, la soie sauvage ou italienne, les cotonnades, des tissus nobles impossibles à trouver ici et qui permettent à mes collections de donner aux femmes ce qu’elles méritent : ce qu’il y a de plus beau et de plus précieux !»

Chouchou Lazare devient très sérieux. «Je n’ai pas envie d’être considéré comme un styliste «africain». Ma culture, mes influences sont très métissées. Je veux être reconnu comme styliste de mode. Simplement styliste de mode. Lorsqu’on rajoute l’adjectif «africain», cela laisse penser qu’il faut faire preuve d’indulgence. Je ne veux pas d’indulgence dans le jugement que l’on porte sur mes créations. C’est peut-être prétentieux, mais je veux devenir aussi bon que Galiano, que Thierry Mugler. J’ai toujours aimé Dior, le Dior de l’époque de Monsieur Dior lui même. J’y retrouve cette même conviction que la femme est une reine qui mérite la perfection, rien n’est trop beau pour elle.» Le temps de boire un verre d’eau et Chouchou Lazare retrouve son sourire contagieux. «Je ne pense pas à l’Afrique au premier abord, mais elle transparaît forcément. Je crée, et puis je vois ce qu’il en sort. S’il en sortait des modèles issus de l’Afrique traditionnelle, je ne le renierais pas, mais ce n’est pas le cas. Mes modèles sont très métissés. À l’image que je me fais du monde, certainement. Il y a bien des couleurs qui reviennent souvent ; les couleurs terre, or... S’il y a quelque chose de fort qui me motive, ce n’est pas l’Afrique elle même. C’est le mouvement, la force du changement. Je veux étonner, surprendre, comme avec cette collection militaire en 2003, «Contre la guerre, pour la vie» ! Ma prochaine collection sera à l’opposée, blanche, pratiquement sans couleurs, ou bien avec toutes les couleurs dans le blanc... Le blanc, c’est la pureté, la sobriété, quelque chose à quoi on accède après avoir joué avec le reste... C’est pour toutes ces raisons que je ne travaille pas trop avec le pagne. C’est trop répétitif, toujours un peu semblable à mes yeux. Je ne cherche pas à devenir une star africaine. Je suis fier, très fier même d’être Pounou et gabonais, mais être considéré comme une star africaine, c’est un peu être considéré comme une star de séries B, une star qui vaut moins que les autres, et mon pays, mon continent, valent mieux que ça. Moi aussi d’ailleurs j’espère» dit-il en partant d’un grand éclat de rire. «Pour le moment, j’ai les inconvénients d’être connu... Le kongossa surtout ! Non, je ne veux pas être reconnu comme une star. Je veux être styliste de mode. Je veux prendre des risques, créer à chaque fois. Je crois que c’est ça évoluer, non ?»

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