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Mossendjo (département du Niari). Des talents artistiques qui meurent définitivement


Mardi 2 Août 2011 - 13:50


Mbouanda, la danse sur échasse pratiquée dans le département du Niari
Chants, comptines, contes…Habitée par près de six communautés ethniques, Mossendjo, dans le département du Niari, regorge d’énormes richesses culturelles. Mais, faute de support, ces potentialités sont en train de disparaître totalement. Ce, en défaveur des générations futures.

Un coup de massue pour les Bahulu Ba Niari (ancêtres du Niari, en langue punu). Un vide qu’on ne comblera jamais, quels que soient les miracles.
En début juillet de cette année, ce célèbre ensemble traditionnel de la commune de Mossendjo a perdu deux de ses membres talentueux. Il s’agit de Roger Nzambilanou, dit «Jeannot» et de Joseph Ipémosso, surnommé «Opémo», respectivement batteur accompagnateur de tamtam et chanteur. A Kanga, Popo, Koumou-Tsanga, Tsimba, Simba, Ngoua II, Marala, Pémo, Boungoto, Massanga et bien d’autres villages environnants, tout le monde semble accablé par la tristesse. Il en est de même dans les grandes villes congolaises où résident les ressortissants de Mossendjo et du district de Moutamba. «Comment me remettre de cette plaie que Opémo vient de laisser dans mon cœur? Lui qui aura contribué au rayonnement du groupe, dans les années 80?», s’interrogeait, le 3 juillet dernier, Ader Boussouhou, ancien président des Bahulu Ba Niari section Pointe-Noire. Gaétan Ibingou-Kouassi, un autre membre résidant dans la capitale économique, se demandait, le 4 juillet, entre deux larmes: «Ecoutera-t-on encore la voix aigue de Opémo? ».Tout au long de son histoire, Mossendjo a connu des griots, des compositeurs de chants traditionnels, des conteurs…Mais, aujourd’hui, aucune moindre trace de leurs œuvres n’est visible sur tous les documents. Vigouré, Makapa (I et II), Ipatsou, Ekengué, Ndol, Sirop, Sander et bien d’autres valeurs des Bahulu Ba Niari sont morts avec leurs talents. A l’heure où la jeunesse congolaise, en général, et mossendjoise, en particulier, est obnubilée par les produits culturels exotiques comme le «Coupé Décalé» ivoirien, le substrat culturel légué par les aïeux est en passe d’être dévoyé. Il faut surtout craindre qu’il disparaisse définitivement.

Ce phénomène est loin d’être la particularité des Bahulu Ba Niari. Les Bana Mwambé des Tsanguis, Mvoudi des Ndassa ou les Bambatsi Ba Congo des Kugnis n’ont pas, eux aussi, leurs œuvres sur supports. Si un artiste ne meurt jamais, comme cela a été universellement démontré, à Mossendjo, les artistes quittent cette terre, en emportant leurs œuvres dans les linceuls. Tout simplement, parce que leurs œuvres ne sont pas fixées sur des supports fiables, aux fins de leur conservation. «Si Makjos ou Didier Mombo (musiciens traditionnels Punu du Gabon, Ndlr), nous écouterons même cent ans après leurs chansons. Car elles se trouvent sur des CD, des cassettes et déposés dans différents centres de documentation. Ce qui ne sera pas le cas de nos artistes », soulignait, le 4 juillet, Lydiane Ndinga, ressortissante de Mossendjo, basée à Pointe-Noire. Il sera donc, à l’avenir, difficile de reconstituer le passé de ces ensembles musicaux, qui, à l’évidence, ont une part importante à apporter à la culture africaine. Il revient, donc, aux Mossendjois, notamment les cadres, de faire feu de tout bois pour que soient enregistrées les chansons traditionnelles de leur contrée. Comme les Bembés l’ont fait, à travers le groupe Kiburkiri. De même, les Vilis, dont les chants ont déjà traversé les frontières nationales, pour avoir enregistré les œuvres du groupe Bana B’Siane. De là à réaliser que les nouvelles technologies peuvent ou doivent favoriser l’éclosion de la tradition orale.

John NDINGA-NGOMA (La Semaine Africaine)

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