Le Testu (Georges). — Notes sur les coutumes Bapounou dans la circonscription de la Nyanga, Caen, Haulard La Brière [lecture incertaine], 1920, in-8°, 212 pages.
Maurice Delafosse — p. 238
M. Le Testu, administrateur des colonies, a publié sous ce titre un coutumier très complet d’une population du Gabon du groupe fote connue sous les noms de Ba-Pounou et Ba-Yaka. Son travail a été fait surtout dans le but de servir de guide aux fonctionnaires qui auront à administrer cette population et à rendre la justice dans la circonscription où elle habite ; aussi renferme-t-il des conseils sur l’interprétation à donner à certaines coutumes et sur l’évolution à leur faire subir qui sont du domaine administratif et politique plutôt que du domaine ethnographique. Toutefois, ces considérations mises à part, son livre constitue l’une des meilleures monographies et des plus fouillées qu’il m’ait été donné de lire concernant les coutumes civiles et sociales de peuplades africaines.
Il commence par étudier la question de l’esclavage et dit comment s’acquiert l’état de servitude, quels en sont les caractères et les conséquences. Il parle de la condition servile spéciale dans laquelle se trouvent, vis-à-vis des nègres Ba-Pounou, maîtres actuels du pays, les négrilles Ba-Bongo qui vivent au milieu d’eux. Il traite ensuite de la division du peuple en un certain nombre de tribus ou familles (au sens étendu de ce dernier mot), se distinguant chacune par un nom spécial et un tabou commun à tous ses membres, lequel est, comme dans les soi-disant clans totémiques de l’Afrique Occidentale et Centrale, une espèce généralement animale dont un représentant passe pour avoir sauvé d’un grave danger l’ancêtre de la famille.
La seule filiation qui compte aux yeux des Ba-Pounou est celle qui s’établit en tige utérine, bien que les individus soient désignés chacun par son nom suivi du nom de son père, le nom de famille n’étant pas ajouté ; l’enfant né de père inconnu fait suivre son propre nom de nzila « la route ».
Les chapitres suivants sont consacrés aux devoirs réciproques des parents et des enfants, qui sont les mêmes que ceux des maîtres et des esclaves, à la tutelle et à l’adoption, au mariage. L’exogamie est prati- [suite à la page suivante].
Bulletin bibliographique — p. 239
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L’exogamie est pratiquée entre familles (au sens étendu du mot), tandis que les liens de parenté — hormis ceux de père ou mère à enfant et de frère à sœur — ne sont pas un empêchement au mariage. Celui-ci est consacré par le versement d’une indemnité aux parents de l’épouse. La polygamie est autorisée sans limite, mais la monogamie est, dans la pratique, le cas le plus fréquent. L’épouse garde sa personnalité, continue à faire partie de sa propre famille, est maîtresse des biens qu’elle peut acquérir, de la maison que lui a construite son mari et des champs que celui-ci a labourés et qu’elle a ensemencés avec lui ; les enfants suivent le sort de leur mère et appartiennent à sa famille. Après avoir traité à fond les droits et les obligations résultant du mariage, les litiges nés du manquement à ces droits ou obligations, les divers cas de dissolution des unions matrimoniales, M. Le Testu signale une curieuse coutume de mariage entre femmes selon laquelle une femme, ayant versé aux parents d’une autre l’indemnité matrimoniale usuelle, devient — relations charnelles mises à part — le véritable mari de celle-ci ou quelque chose comme son chef de famille.
Passant à la répartition territoriale des Ba-Pounou, l’auteur étudie successivement le village, toujours très restreint et comptant rarement plus d’une cinquantaine d’habitants, et ce qu’il appelle, comme les indigènes, la « terre », c’est-à-dire l’ensemble des villages habités par des gens de même tribu ou famille et de leurs territoires respectifs. Se demandant s’il existe des chefs, c’est-à-dire des personnes qui, du fait de leur origine ou du choix de leurs congénères, détiennent le droit au commandement, il répond par la négative. Le mot par lequel les Ba-Pounou traduisent l’expression française est, soit le mot français « chef » lui-même, plus ou moins déformé, soit le mot foumou [lecture incertaine], répandu dans tous les parlers bantou avec la signification d’homme libre, de noble ; le chef de village n’est autre chose que l’homme libre le plus considéré du village, le chef de « terre » est le patriarche de la tribu dominante, et l’un ni l’autre n’exercent à proprement parler de commandement politique.
La propriété foncière est exclusivement collective et inaliénable, mais les produits du sol peuvent constituer des biens individuels et aliénables, comme l’ensemble des biens mobiliers, quoique les droits de l’ensemble de la famille sur les biens possédés par chacun de ses membres semblent ne jamais être totalement inexistants.
Les successions se transmettent en ligne collatérale et comportent l’épouse ou les épouses (si le défunt est du sexe masculin et marié, naturellement), les biens liquides, les créances et les dettes. Les Ba-Pounou ne connaissent, en fait de contrats, que le contrat bilatéral et à titre onéreux ; la prescription n’existe pas, au moins en théorie, et le principe de la responsabilité familiale est poussé fort loin. Le prêt se pratique quelquefois à intérêt, quoique le fait soit rare.
La dernière partie de l’ouvrage traite de la manière dont les Ba-Pounou procèdent entre eux à l’administration de la justice, qui est tou- [suite à la page suivante].
Maurice Delafosse — p. 240
Suite de la phrase de la page 239
[…] qui est toujours à leurs yeux civile, et des soi-disant « crimes rituels », pratiques d’envoûtement, méfaits des « hommes-tigres » et de certaines sociétés secrètes, ainsi que de l’épreuve du poison.
J’ai cherché à résumer les passages les plus importants de la notice de M. Le Testu, de façon à faire saisir l’intérêt qu’elle présente. J’ajouterai que l’auteur, fort bien préparé par un séjour antérieur dans la Zambézie, s’est montré un excellent observateur, sachant aller au fond des choses et ne se laissant pas égarer par les apparences.
Maurice Delafosse.
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