Mabik-ma-Kombil réinvente le pleur

Si l'on peut observer chez certains artistes africains, une tendance à blanchir leur art, la démarche de Mabik-Ma-Kombil, qui vit à Bordeaux, est toute autre. Inventif et poétique, son chant, véritable déchirure, est d'une grande originalité. Il fait partie de ces quelques rares artistes novateurs qui explorent des voies inconnues par lesquelles d'autres viendront s'engouffrer. Avec Ngongu (le pleur) qu'il définit comme une vibration sonore inspiratrice, il réalise un art total d'une grande modernité. A l'origine il y a les pleureuses Punu, sorte de confrérie de femmes généralement veuves, appelées aussi initiatrices. Elles accompagnent les défunts mais ne pleurent pas simplement leurs corps. Leurs pleurs sont là pour protéger et permettre au double du défunt de continuer son chemin. Ngongu est aussi un moyen de s'interroger sur les questions de notre temps, et la voix chaleureuse aux accents lyriques de Mabik Ma Kombil, véritable one-man-show, nous fait naviguer dans le pleur, mais aussi dans le pleur parlé ou chanté, en harmonie avec des instruments traditionnels qui ne sont pas là pour la simple forme, mais dialoguent, forment des parenthèses avant d'être relancés par ce chant particulier qui s'élève comme un souffle, toujours plein d'émotion et nous transporte inévitablement dans le mystère des forêts du sud du Gabon.
"H" Ndandino


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