l’Afrique centrale atlantique. Cette industrie a souvent été découverte dans des contextes difficiles à interpréter, voire douteux, et il est difficile de préciser ses caractéristiques spatiale, chronologique et culturelle. En d’autres termes, nos connaissances concernant le Lupembien et, par extension, une grande partie de la préhistoire de l’Afrique centrale occidentale sont extrêmement lacunaires. Pour combler ces lacunes il est impératif de trouver de nouveaux sites de plein air bien individualisés ou des contextes






stratifiés en grottes. Dans cette perspective, la région de la Ngounié au sud du Gabon s’avère particulièrement intéressante. Tout d’abord, la présence de sites en plein air ayant livré un outillage dit lupembien y est attestée depuis longtemps (pour un survol de la littérature voir Clist 1995). Ensuite, plusieurs grottes, dont certaines ont livré des artefacts en pierre taillée, ont déjà été repérées dans le massif calcaire du Chaillu entre Mouilla, Ndendé et Lébamba (Oslisly 1992 et Oslisly comm. pers. 2003). Par ailleurs, des travaux d’entretien routier en cours entre Lambarene et Fougamou et entre Ndendé et Mouila permettaient de prospecter plusieurs segments de cet axe routier afin de compléter la carte archéologique du sud du pays (les coordonnées géographiques des sites sont conservées par la section de préhistoire du Musée royal de l’Afrique centrale). C’est dans ce but qu’une mission de prospection archéologique a été menée dans le sud du Gabon durant les mois de novembre et décembre 2003 (provinces du Moyen-Ogooué, de la Ngounié et de la Nyanga). Prospection en grotte Sept grottes ont été prospectées dans la région de Ndendé et Lebamba (Figure 1). Elles ont été sélectionnées sur base de rapports faits par R. Oslisly et d’informations obtenues auprès d’informateurs locaux. Toutes ces grottes, à l’exception de celle de Bongolo, sont situées en forêt. Les visites, effectuées à la fin de la saison de pluie, nous ont révélé qu’une utilisation des grottes comme refuge n’est pas toujours possible sous un climat proche de l’actuel. Les grottes de Ndougou, de Bongolo, de Ngoli, et de Kanga « Four à chaux » étaient en effet fortement inondées. En revanche, certaines grottes, comme celle de Kanga et de Ngoli, ont pu être utilisées en saison Introduction Le Lupembien constitue certainement l’un des problèmes les plus épineux de l’archéologie de

saison sèche. Rien ne nous a permis d’attester une occupation humaine ancienne dans ces grottes à l’exception de la grotte Tsona (TSO.03, Ville de Ndendé). Un petit sondage de 2 sur 1 m sur 80 cm de profondeur a été réalisé à 15 m de l’entrée de la grotte. La fouille a été faite par couches artificielles de 10 cm. Au total 175 artefacts ont été récoltés dans ce sondage dont 92 viennent d’une profondeur comprise entre -40 et -50 cm. La matière première, le pourcentage de cortex, les dimensions, la présence d’une retouche très marginale (knibbling), le type d’outils et de nucléus ne varient guère entre les différentes couches. Les quelques variations observées entre celles-ci s’expliquent par le faible nombre d’artefacts. Une roche siliceuse, probablement locale, a été utilisée pour fabriquer 96,5% des artefacts découverts lors du sondage. La grotte traverse une formation calcaire au sein de laquelle on trouve des bancs d’une roche siliceuse feuilletée. Les plaques qui composent ces bancs sont peu épaisses et déterminent en partie les petites dimensions et l’orientation de l’industrie. Parexemple, les dimensions de la plus grosse pièce trouvée dans le sondage, l’ébauche d’un petit pic ou pièce biface (Figure 2 #2), correspondent à celle de la plaquette dont est elle est issue (3 cm d’épaisseur et 8 cm de longueur) et suit la stratification de la matière. La prédominance de la taille bifaciale ou centripète/ radiale, tant pour le seul nucléus (Figure 2 #1) quepour cet outil biface, est probablement aussi liée à la structure feuilletée de la roche. En dehors de l’outil bifacial, les autres types d’outil se subdivisent en perçoirs, grattoirs, et microlithes indifférenciés. Une date de 7247 ± 44 BP (UtC-13257) provient de l’horizon -50-60 cm à la base de la concentration (voir en annexe). La date n’est pas en contradiction avec l’industrie, qui vient d’être décrite et place l’occupation de la grotte de Tsona par des chasseurs cueilleurs légèrement avant celle du Lac Noir (Locko 1990). Un examen préliminaire des charbons de bois datés indique que ceux-ci proviennent d’essence forestière. La grotte Mouvinda est située au nord de la ville de Lébamba, non loin du lieu dit « Camp Malheur ». La grotte a été inspectée une première fois par Oslisly en 1992, qui y avait observé de nombreux déchets de débitage et des outils (Oslisly et al. 1994). Nous y avons récolté, dispersés en différents endroits, 28 éclats et fragments dans une roche siliceuse, ainsi qu’un éclat de quartz. Cet ensemble n’a, à ce stade, rien de caractéristique. Prospection le long des axes routiers La réfection du réseau routier nous a permis de prospecter plusieurs talus sur les tronçons Lambaréné-Fougamou et Mouila-Ndendé. Moulandou-Fouala (MLF.03 A, B, C, D, E) Au sud du village de Moulandou-Fouala on distingue cinq grandes zones de concentrations qui se trouvent sur de petites collines coupées par la route (Figure 3). La zone MLF.03 A consiste en une forte concentration de déchets et d’artefacts dans une roche siliceuse noirâtre. La fraîcheur des artefacts, leurs dimensions et leur répartition indiquent que l’horizon archéologique vient d’être érodé et que le processus est encore actif. Deux remontages ont pu être effectués (Figure 2 #4). Plusieurs types de nucleus, dont les dimensions maximales sont comprises entre 4 et 6,4 cm, sont présents. On note aussi, parmi les outils, une pièce biface composite munie d’une pointe de perçoir et un bord de racloir et un petit pseudo burin. Quatre fragments de bord soulignent le caractère bifacial de l’ensemble. On trouve d’ailleurs des outils bifaces de type très varié aux alentours de cette concentration (Figure 2, #3, 5-8). Un fragment de charbon de bois qui était associé à une concentration de déchets de taille échantillonné a été prélevé, mais la date obtenue semble plus en rapport avec une activité qui s’est déroulée au 16ième – 17ième siècle (UtC-13258 1672 ± 44 BP), qu’avec l’industrie lithique. Les gisements MLF.03 B et D consistent également en une concentration de déchets et d’artefacts dans la même roche siliceuse noirâtre. On y relève la présence de pièces bifaces étroites à bords plus ou moins parallèles évoquant le complexe lupembien (core-axes), ainsi que des ébauches et de petits outils à taille bifaciale et unifaciale. La zone MLF.03 C est une concentration de scories, de charbon de bois et de tessons de poteries très friables. Deux tessons décorés d’un semis de motifs multiples au peigne suggèrent le Lopéen, une tradition du Second Age du Fer dans le centre du pays (Assoko Ndong 2002, 2003). Cette concentration pourrait être mise en rapport avec la présence de fourneaux à Mouila 1 et Mouila 2 (Clist 1995) datés

 

Figure 2. Artefacts lithiques fouillés au site de Tsona (1, 2) ou ramassés en surface sur les sites de Moulandou
Fouala (3-8).

 

Figure 3. Localisation des sites MLF et SOK au sud de Mouila (Province de la Ngounié, Gabon) et des sites MOU
1 et MOU 2 d’après Peyrot et Oslisly (1985, Figure 4, carte 1).