Champignon comestibles de la Basse-Ngounié (Gabon). Par l'abbé André WALKER.

Avec les mois d'octobre et de novembre sont arrivées les pluies. C'est la saison des Champignons (1). Ils apparaissent de tous les côtés, sur le bord des sentiers, dans les plantations, en pleine forêt, comme à travers les savanes. Nos élèves éshiras, ishogos et autres en consomment plusieurs variétés dont je note les noms en passant.
1. Osée (ishogo, ivéa) ; Busili (éshira) ; Busèlili (ivili) ; Osù (pahouin) (2).
Champignon nain, poussant en touffes serrées sur le sol-humide. Chapeau conique. Très apprécié des indigènes.
2. Otonga (ishogo, ivéa) ; Gyou (éshira) ; Tsutsa (ivili); Akoc-vyo (pahouin).
Gros champignon de forêt, à tête arrondie, pied court et blanc.

Odeur agréable. Excellent comestible. Se mange frais ou desséché.
C'est Je champignon le plus estimé des Noirs.
Deux variétés : Otonga a ndjoku ou Gyou gi dundzau (champignon de l'éléphant) ; Otongo a tsèsi ou Gyou gi dutsèsi (champignon de la gazelle).

3. Ngambè (ishogo, ivéa) ; Kangela (éshira) ; N gamba (ivili). Champignon moucheté, à chapeau charnu, très développé. Pied trapu. Peu abondant: pousse par un ou deux individus.
4. Esèbè (ishogo, ivéa) ; Disyèbi (éshira) ; Lisèvè (ivili) ; Otèndè (akèlè) ; Esesuc (pahouin).
Champignon en forme de coquille d'huître {Pleurote). Le pied fait défaut. Feuillets.
Deux variétés : l'une blanche : Êsèbè a vèmbo ; l'autre jaune : Ésèbè a gèga.
(1) Champignon (en général) : Gékubéa (ishoga) ; Otonga (ivéa) ; Gibèbèndu (éshira) ; Liboko (iviii) ; Abuméka (akèlè) ; Vyo (pahouin). Stipe, pied ou pédicule : Mobèndaka (ishogo) ; Movovo (ivéa) ; Muvovu (éshira) ; Muvogo (ivili) ; Nkoso (akèlè) ; Abo-vyo (pahouin). Réceptacle, tête ou chapeau : Eato (ishogo) ; Éito (ivéa) ; Diru (éshira) ; Litswi (ivili) ; Abobo (akèlè) ; Ebobo (pahouin). Volve : Gésubu (ishogo) ; Tsongè (ivéa) ; Glsama (éshira) ; Asupu (akèlè) ; Éya- lega (pahouin). (2) Dans la lecture des noms indigènes : u = ou français ; g et s, toujours durs . — 241 —
5. Kadi-kadi (ishogo) ; Tsodi-sodi (ivéa) ; Muvunda (éshira) ; Bukwèrè (ivili) ; Gna-mambidè (akèlè) ; Melèna (pahouin).


. Champignon blanc, de petite taille.
Chapeau rabattu en parasol. Pied grêle. Feuillets blancs, assez serrés. Se récolte en abondance sur les troncs de Palmiers coupés.
Etymologie du nom indigène : en pahouin et en ishogo : Champignon du Palmier ; en akèlè : Mère du Palmier.
6. Yatè-ya-ngôndè (ishogo) ; Ngombè (ivéa); Ngombi (éshira); Gipasa-myaga (ivili).
Champignon à chair gélatineuse, en forme de demi-lune, végétant sur le bois mort. Pores à la face inférieure du chapeau. En ishogo : quartier de lune.
7. Ndjo-ndjo (ishogo) ; Karagara (ivéa) ; Kogombo (éshira) ; Karara (ivili) ; Gna-nzumbulyè (akèlè) ; Mebo-me-ngwè (pahouin).
Champignon gris, de consistance ferme, sèche.
Chapeau à bords échancrés, inséré en console sur les souches.
Feuillets serrés. Se trouve particulièrement dans les plantations nouvellement défrichées.
Les ménagères l'écrasent avant de le faire cuire.
D'après les Akèlès, ce Champignon s'attaquerait aussi aux matières animales en décomposition (charognes ou cadavres humains laissés sans sépulture). Dans ce cas, on ne le récolte pas.
8. Eèvu (ishogo); Mato ma koko (ivéa); Maru ma mikoga (éshira) ; Matswi-ma kaga (ivili) ; Matèkèlekè (akèlè) ; Eyè (pahouin) .
Champignon gélatineux, de couleur brune, dont la forme rappelle l'oreille humaine. {Auriculaire).
Se présente en grande quantité sur les vieux troncs d'arbres.
En éshira : oreilles de troncs d'arbres ; en ivéa et en ivili : oreilles de grand-père .
9. Mato ma kodo (ishogo) ; Égéléngé (ivéa) ; Digilingi (éshira) ; Matswi ma kumbi (ivili) ; Êtoc (pahouin).
Champignon cartilagineux, à pied grêle, assez long.
Le chapeau, mince, creusé en coupe, ressemble, — d'après les Ishogos et les Ivilis, — aux oreilles du rat-palmiste.
Les Eshiras et les Ivéas, au contraire, lui trouvent la forme d'une sonnette à main.
Ce champignon croît sur les écorces d'arbres ; quoique comestible, il est peu estimé . (Pézize ?) .
10. Gékuu (ishogo) ; Gétsuèlè (ivéa) ; Gibèbèngi (éshira) ; Mbem- bèngu (ivili) ; — 242 —
Champignon à chapeau épais, arrondi, craquelé, d'un jaune orangé. Feuillets jaunes. Un anneau .
On les rencontre par petits groupes, au pied de certains arbres, tels que Okoumés, Palmiers, Parasoliers, Pycnanthus, Mammea. . .
11. Eopo (ishogo) ; Ékoméno (ivéa) ; Ndjogu (éshira) ; Mukundju (ivili);
Champignon visqueux. Le chapeau, retourné vers le haut, prend un aspect d'entonnoir. {Pleurote) .
Teinte jaunâtre en dessus, blanche en dessous.
Pied excentrique, dur, court. Feuillets serrés.
On l'écrase avant de le mettre dans la marmite.
Se rencontre de préférence sur les troncs d'Anthocleista.
12. Kiina (ishogo, ivéa) ; Difigni (éshira) ; Lifugni (ivili) ; Duna (akèlè) ; Dune (pahouin) .
Champignon à large chapeau, de 20 à 25 cm. de diamètre. D'abord retourné en entonnoir, puis s'aplatissant peu à peu.
Chair ferme. Feuillets blanchâtres, serrés. Le mycélium globuleux, de consistance ferme, prend des proportions considérables, atteignant parfois la grosseur de la tête. Celte masse blanche, desséchée, donne une poudre employée dans les cérémonies fétichistes (1).
Les Noirs découpent ce champignon en tranches qu'ils broient dans un mortier pour faciliter la cuisson.
13. Boèndèa ou Ekonongo (ishogo) ; Borèndèla (ivéa) ; Burèndila (éshira); Bulèndèlè (ivili),
Champignon à chapeau bosselé, formant des touffes épaisses sur les bois pourris.
14. Ndjoé (ishogo); Owéra (ivéa); Dibindi (éshira); Mumbi- mbindu (ivili).
Champignon à chapeau d'abord conique, puis en forme de bouclier. Partie supérieure, d'un blanc grisâtre ; partie inférieure, d'un noir brunâtre .
Pied allongé, creux. Vit particulièrement sur les troncs de Ricinodendron.
15. Gèganga (ishogo) ; Mukuya (éshira) ; Akandza (akèlè). Grand champignon, à chapeau charnu, écailleux, brunâtre, en forme
de parapluie ouvert, avec mamelon central. Pied élevé, renflé à la base, entouré d'un anneau. [Lépiote ?).
(1) J'ai trouvé 15 à 20 de ces masses globuleuses, plus ou moins régulières, dans un même tronc pourri de Pycnanthus Kombo, et autant dans un Scypho- cephalium ochocou. — 243 —
16. Tsakida (ishogo) ; Tsèndju (ivéa) ; Bitsabe-ndzèndzi (éshira). Pelit champignon de forêt, qui vit fixé sur les branches mortes,
d'où son nom de « brindilles » . Stipe cassant. Pied effilé, long.
17. Géombé (ishogo) ; Gélombé (ivéa) ; Burumbi (éshira, ivili) ; Mbabembyè (akèlè) ; Asùè (pahouin).
Champignon qui pousse à terre, le long des ruisseaux.
Chapeau blanc, charnu et lisse. Chair molle.
Feuillets épais, peu serrés. Odeur douce, agréable. (Jlygrophore blanc) ?
Une variété du même nom, à chapeau orangé, en forme de bouclier, se trouve en abondance dans certaines forêts.
Feuillets jaune clair. Pied creux, jaune.
Ce champignon est très recherché par les indigènes comme aliment.
18. Gipidinga (éshira).
Petit champignon jaune, récolté en savane. Chapeau en coupe. {Chanterelle) .
Fournit un excellent aliment aux Européens et aux Indigènes.
19. Osanga (ivéa); Apamè-nzéda (akèlè); Dusyèseri (éshira); Metsin-bingoma (pahouin) ; miisèti (ivili). Champignon à tète large de 12 cm. environ, en bouclier, avec mamelon central. La membrane du chapeau, de teinte brune, est lisse, très mince, presque transparente et ondulée.
Pied creux, long, grêle et fragile, ayant une certaine analogie avec les tiges de fougères.
Feuillets blanchâtres, larges et espacés, ne descendant pas sur le pied.
Ce champignon pousse par petits groupes à côté de certaines Bam- busées spontanées de brousse, comme l'indique son nom indigène (éshira et pahouin).
20. Odjoga-djoga (ishogo); Vidjoga-vidjoga (ivéa); Budjoga (éshira).
Champignon de couleur presque noire en dessus, plus claire en dessous.
21. Géningo (ishogo) ; Endjogo-rogo (ivéa) ; Gyou gi durèmbu (éshira) ; Mudjadjanga (ivili).
Champignon à chapeau en entonnoir. Couleur générale, jaune paille.
Pied grêle.
Vit de préférence sur les troncs d'arbres tombés dans les marigots.
22. Motsani-tsani (ishogo) ; Vika (ivéa, éshira) ; Bedjoka-bedjoka (akèlè) ; Muyènda-vika (ivili). Champignon comestible à chapeau brun foncé, en parapluie ouvert. Bords striés. Pied ferme, épais, renflé à la base, de teinte brunâtre en bas, blanchâtre en haut. Feuillets blancs serrés. Chair blanche.
Chaque individu croît isolément, sur le sol, à une grande distance des autres. D'où son nom indigène d'« Orphelin » ou « Solitaire i>.
Pour ce motif, on l'interdit à toute personne ayant encore son père et mère en vie.
La violation de ce « tabou », entraînerait, — d'après la croyance indigène — la mort des parents du coupable.
Il n'est donc permis de manger ce champignon, qu'après le décès du père ou de la mère. Dans le premier cas, on doit se servir de la main droite pour le porter à la bouche. Dans le second cas, au contraire, il faut le prendre avec la main gauche.
23. Gnèngangu (ishogo) ; Gnangango (ivéa) ; Lignanga la tolo (ivili).
Curieux champignon, d'un aspect très spécial. Ressemblé à du corail ou à un petit arbuscule fortement ramifié. [Clavaire).
Forme, au fond des bois humides et ombragés, de petites touffes buissonneuses, de couleur blanche, jaune, brune...
Pied épais.
Ignoré des Eshiras et des Ivilis, ce champignon est recherché principalement par les Pygmées ou Négrilles, dans leurs pérégrinations à travers la forêt.

Préparation culinaire

— D'ordinaire, on fait simplement cuire les champignons à l'eau. Parfois on les prépare au gnèmbouè ou à Yodika (1) avec de la viande ou du poisson.
Les populations de la Ngouniè font boucaner certaines espèces qu'ils conservent dans des paquets de feuilles sèches pour les manger au fur et à mesure de leurs besoins.

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