La calebasse





Trois romans pleins d’humour qui, sous la forme d’une chronique, transforment des villageois modestes, profondément humains, en héros d’une épopée moderne.
Pourquoi ce titre : La calebasse? Les personnages principaux de ces trois textes appartiennent à la même lignée, fondée par une femme née dans une calebasse, sa mère étant inféconde.

Jean Divassa Nyama ou

la réappropriation des cultures endogènes

Par Jeanne-Marie Clerc* (Professeur de littératures comparées émérite à l'université Paul- Valéry de Montpellier qui a publié une étude remarquable sur Jean Divassa, dans "Cultures sud" N° 170, septembre 2008).

Extraits :

(...). L'écriture est pour Jean Divassa Nyama une façon de signifier qu'il est « la trace » de son père et de sa mère. Mais, simultanément, elle représente la correspondance qu'il adresse à « son frère jumeau, né prématuré et qui n'a pas survécu! » : « Mes romans sont des lettres que j'envoie à mon frère jumeau mort prématurément. Il s'appelait Ugule, c'est-à-dire entendre, comprendre, et moi je suis Ulabe, c'est-à-dire voir, observer, témoigner. Mon frère jumeau n'a pas voulu venir parce qu'il a appris la misère que vit notre société et les malheurs qui frappent notre continent. Il m'a demandé de venir et de lui faire de temps en temps le point de notre vie quotidienne. Divassa en ypunu signifie un seul jumeau : mes parents n'ont pas voulu me donner le nom d'Ulabe pour ne plus vivre cette émotion de la perte de mon frère jumeau. »
Ainsi, l'œuvre littéraire est-elle bien à ses yeux le symbole d'un héritage à transmettre, témoignant pour ce frère jumeau qui se confond avec ses semblables, ses frères, mais aussi les nouvelles générations qui auraient pu naître de ce frère. Ainsi se trouve déterminée la personne du protagoniste majeur de sa trilogie, l'Oncle Ma.


Le roman de Jean Divassa recourt à la parabole pour exposer un enseignement relevant d'un ailleurs des évidences sensibles et des certitudes rationnelles propres à l'Occident. Il est largement explicatif et démonstratif, s'affichant comme transmetteur d'un savoir en voie de disparition. La parabole y est présente comme récit déguisé, démonstration indirecte d'une vérité essentielle pour laquelle il est nécessaire d'« habiller les mots ». Les relations humaines perverties ont remplacé les liens de la lignée, et la ville nous est montrée comme ne connaissant plus que le profit ou la misère. Les unes engendrent le silence, l'autre le bruit, mais ce dernier n'a plus rien à voir avec celui de l'héritage. En témoigne le retour au village de Mouyendi, qui est allé faire des études de droit en France et qui consacre sa première visite à l'Oncle Ma : « Il revoit avec plaisir celui qui a bercé sa jeunesse d'histoires merveilleuses, qui lui a appris à écouter l'inaudible, à voir l'invisible, à sentir l'impalpable. »
Dimungue, qui a fréquenté l'école des Blancs, explique à l'enfant la différence avec l'école de Muile, L'école de Muile est celle, originelle, de la tradition. À l'Oncle Ma échoit cette responsabilité primordiale d'être le transmetteur de cette connaissance. C'est pourquoi il est appelé « le maître de la parole ». Parole enracinée dans le sacré, précédée des libations aux Ancêtres dont il faut convaincre les Mânes de suivre la lignée dans les nouveaux lieux où elle se trouve «déguerpie». Les mots s'organisent, après « habillage », en un langage parabolique qui tire sa pleine signification de son intégration à un milieu ambiant où les bruits de la nature, mêlés à ceux des hommes, se transforment en une sorte d'harmonie syncrétique imprégnée de présence spirituelle. Les esprits des ancêtres constituent la tradition qu'il est nécessaire de transmettre. Et l'on peut penser que la véritable histoire contée par ce livre est celle de cette tradition, des modalités de sa transmission et de la responsabilité des hommes face à ce devoir de mémoire que le choc des cultures, né de la colonisation, puis de la modernité postcoloniale, met à mal, menaçant l'identité profonde du peuple gabonais.

Jeanne-Marie Clerc est notamment l'auteur, en collaboration avec Liliane Nzé, de "Le roman gabonais et la symbolique du silence et du brait" (Paris, L'Harmattan, 2007).


Source:édition Ndze

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