Traduction : La panthère et la gazelle

La panthère et la gazelle
Autrefois, dans un village, la panthère (Django) et la gazelle (Maviangu) étaient des grands amis. La panthère vivait avec sa femme et ses enfants alors que la gazelle n’avait que sa mère qu’il aimait beaucoup. Ils vécurent paisiblement pendant longtemps. Des années et des années passèrent, l’harmonie régnait toujours entre eux jusqu’au jour où une grande famine frappa le village.
Des mois et des mois, la pluie avait cessé de tomber, l’herbe ne poussa plus et les arbres mourraient. Les rivières commencèrent à tarir. Où trouver la nourriture, comment nourrir nos familles ? Se demandaient ainsi les deux amis.
Un jour, dès les premiers chants de coqs, la panthère alla cogner à la porte de la gazelle qui, inquiète se demanda :
La gazelle : que se passe-t-il ? Qui cogne à ma porte si tôt comme ça ?
La panthère : C’est ce problème qui m’entraîne de bonne heure chez toi, nous ne pouvons plus continuer à attendre sans rien faire. Viens derrière ta case afin que je te dise quelque.
La gazelle : quelle est cette chose qui ne peut pas attendre qu’il fasse bien jour ?
La panthère : chuuuuut !!! C’est un secret, je suis venu te proposer de tuer nos mères pour palier quelques jours à la famine qui nous terrasse en ce moment.
La gazelle (surprise par le message qui venait de lui être livré) : Quoi ? Nos mères ? Jamais ! Ma mère qui a tant souffert avec moi ? Tout sauf ça !
La panthère (menaçante) : Nous ne pourrons plus tenir longtemps en ne buvant que l’eau de la rivière qui va d’ailleurs bientôt tarir, tuons-les, si tu refuses, tu sais bien que tu seras ma première victime ! Je te tuerai, ensuite je tuerai ta mère. Alors si tu veux avoir la vie sauve, accepte ma proposition.
La gazelle (prise de peur accepta) : d’accord, j’accepte mais à une seule condition, nous allons commencer par ta mère. C’est toi-même qui la tueras et tu viendras me livrer ma part de viande chez moi. Lorsque nous aurons fini de consommer toute la viande, je tuerai ensuite ma mère et je viendrai également te livrer ta part.
La panthère (après avoir tué sa mère revint le soir même chez son ami) : mon ami, moi je n’ai qu’une seule parole, comme convenu, voici la part qui te revient. Lorsqu’il prit congé de son ami, ce dernier ne mangea pas cette viande, il révéla le secret à sa mère qu’il alla cacher dans le creux d’un fromager, près de la seule rivière où l’eau coulait encore.
Des jours passèrent. Un soir, alors que le ciel était gris, le tonnerre gronda et la pluie tomba. La panthère, revint chez son ami le lendemain de la réapparition des premières gouttes de pluie.
La panthère : mon ami, tu sais pourquoi je suis là, comme tu dois t’en douter, la viande de mère panthère est finie ; ça fait déjà quelques jours que j’attends que tu m’apportes ma part de viande de mère gazelle ! Ouvre-moi la porte.
La gazelle (enfermée dans sa maison) : as-tu constaté que cette nuit, la pluie est tombée ?
La panthère : oui ! Alors en as-tu profité pour tuer ta mère sans que personne n’entende ses cris de douleur grâce aux bruits des gouttes d’eau sur la toiture ?
La gazelle : non !
La panthère : as-tu donc préféré le faire au petit matin quand le sommeil est agréable et que tout le monde bercé par la pluie, dort profondément ?
La gazelle : non plus !
La panthère (énervée) : pourquoi me parles-tu donc de la pluie ? Ne veux-tu donc pas m’ouvrir la porte de ta maison ?
La gazelle (moqueuse) : mon ami, la pluie annonce le retour de l’eau, c’est la fin de la saison sèche, l’herbe va repousser, les arbres vont revivre, les plantes vont fleurir, les rivières vont à nouveau se gorger d’eau. Mon ami la vie va reprendre ses droits, par conséquent je n’ai plus besoin de tuer ma mère !
La panthère (très furieuse) : sache que moi j’ai respecté ma parole, alors tu devrais également faire la même chose, tu m’as trahie ! Sache cependant qu’à partir d’aujourd’hui, nous sommes toi et moi, deux mille pattes dans un champ en friche.
Pendant plusieurs lunes, la panthère ne voyait plus la gazelle et sa mère dans le village. Des jours et des jours passèrent encore puis la panthère décida d’aller dans un village voisin pour consulter un homme appelé Direkulu (celui qui fait l’objet de moquerie) afin de savoir où se cachaient la gazelle et sa mère. Direkulu qui était mi - humain, mi-animal avait une queue ; Il dit alors à la panthère :
Direkulu : je vais lever ma queue, quel que soit ce que tu verras, tu ne dois ni rire, ni te moquer, ni cracher encore moins te boucher le nez. Si tu réussis à cette épreuve, je te dirai où se cachent ceux que tu cherches et je te donnerai une poudre que tu jetteras le long du chemin qui mène à la seule rivière qui n’a pas tari pendant la saison sèche.
Mais dès que la panthère commença à secouer sa queue et avant même de la lever, une odeur nauséabonde envahit la chambre de Direkulu, les asticots et les mouches inondèrent la pièce et la panthère ne put supporter cette épreuve. Il s’en alla en criant :
La panthère : Ô quelle odeur ! Depuis combien de temps ne t’es – tu pas lavé ? Je vais vomir, j’ai la nausée, tu es trop sale et je comprends pourquoi dit-on que tu es la risée de tout le monde ici !!! Direkulu répondit en ces termes :
Direkulu : On ne sous-estime pas le chien qui a un œil pourri ! Pars, mais sache que si tu ne trouves pas un arbre sur lequel te poser, le buffle finira par t’attraper
Dès qu’elle sortit de chez Direkulu la panthère alla guetter la gazelle. Le soir, alors qu’elle voulait faire un tour chez elle, la gazelle aperçut la panthère. Elle rebroussa chemin et marcha, marcha, marcha. Epuisée, elle trébucha et tomba. Au moment de se relever, elle se retrouva dans une chambre sombre, face à un être bizarre, mi-humain, mi-animal. Après avoir raconté sa mésaventure, elle demanda à Direkulu de la protéger du danger qui la guettait. Elle fut soumise à la même épreuve que la panthère et la réussit avec succès. Direkulu lui dit alors :
Direkulu : prends cette poudre que tu vas frotter sur tout ton corps, gardes-en un peu, car tu en auras besoin plus tard. En sortant de cette chambre, ne te retourne pas ; marche devant toi sans prendre ni la gauche ni la droite. Toutefois, si une difficulté se dresse devant toi ou si tu veux qu’un désir s’accomplisse, mets un peu de cette poudre sur ta langue et dis seulement « galu-galu ».
En sortant de la chambre de Direkulu, la gazelle n’était plus la gazelle, elle ressemblait maintenant à une jeune belle créature à laquelle personne ne pouvait rester indifférente. Devant elle, il n’y avait que deux chemins, un à gauche et l’autre à droite. Elle exécuta aussitôt la recommandation de Direkulu et se retrouva soudain dans une forêt que fréquentait la panthère. Accompagnée de sa femme, la panthère qui vint pour recueillir du bois de chauffage découvrit cette belle créature et lui demanda :
La panthère : Qui es-tu et pourquoi une jeune belle fille comme toi reste seule dans cette forêt si dangereuse ?
La jeune femme : (elle mit un peu de poudre sur sa langue) : je suis perdue, j’ai perdu tous mes parents, j’ai marché, marché, marché dans la forêt à la recherche d’un point d’eau ; je suis épuisée, j’ai vraiment faim. Voulez-vous m’aider s’il vous plaît ? Je n’ai nulle part où aller.
La panthère (malgré le refus de sa femme qu’elle insulta copieusement) : viens avec nous, ma femme et moi-même allons t’offrir une nouvelle famille.
Lorsqu’elle invita la jeune femme à partager le repas avec lui, cette dernière mit discrètement la poudre que lui avait remise Direkulu sur sa langue et répondit :
La jeune femme : je veux bien manger avec toi, mais tes griffes là me font peur. Coupe-les.
La panthère s’exécuta malgré l’opposition de sa femme qu’il continua à injurier. Il invita à nouveau la jeune femme.
La panthère : tu n’as plus de raison d’avoir peur, viens manger avec moi puisque je n’ai plus de griffes.
La jeune femme : je veux bien venir manger avec toi, mais ta queue là me fait peur. La panthère coupa sa queue. Le même scénario se répéta jusqu’à ce que la panthère s’arracha les crocs ainsi que les yeux et invita à nouveau la jeune fille.
La femme de la panthère (excédée par ce spectacle) dit à son mari : mon malheur a commencé depuis que tu as introduit cette femme dans notre maison, ressaisis-toi ! Tu ne vas quand-même pas céder à tous les caprices de cette inconnue ! Même les yeux aussi ? Après que va-t-elle te demander encore ? La panthère rentra dans une colère noire et chassa sa femme et les enfants puis invita encore la jeune fille en ces termes :
La panthère : Maintenant que je n’ai plus ni griffes, ni queue, ni crocs, ni même les yeux pour te voir, viens donc manger !
La jeune femme : d’accord, mais je vais te demander juste une dernière chose car il y a encore une seule chose qui me fait peur. Les battements de ton cœur m’effraient, alors arrache ton cœur ! La panthère mit ainsi lui-même fin à ses jours sur terre en s’arrachant le cœur.
La jeune fille dit galu-galu, elle redevint gazelle, alla chercher sa mère et rencontra une femme qu’il épousa et fonda une grande famille. C’est depuis ce jour que la panthère s’en prend toujours à la gazelle dans la forêt.

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