Nôngu

Le terme nôngu (pl.banongu) désigne toute locution sentencieuse. Il s'agit d'un énoncé populaire qui se présente sous une forme concise et rythmée. Il peut correspondre à l'adage, à la maxime, au proverbe, etc. La littérature sentencieuse occupe une place de choix dans la culture punu. L'emploi des proverbes est l'apanage de ceux qu'on appelle les «forts en proverbes» banzonzi (sg. nzonzi), c'est-à-dire les chefs de villages, de cantons, les juges coutumiers, en un mot les sages. Un homme qui connaît très bien les proverbes et les emploie judicieusement, jouit d'une grande estime, car les proverbes traduisent le mieux la morale et la philosophie punu et qu'il n'est pas toujours facile de les placer à bon escient comme le dit le proverbe suivant:
     Nongu mughume murombi dyambu
     Proverbe / PN sg. (3) + acte # PN sg.(1) + chercheur - PN sg(5)+affaire |.
Le proverbe est un acte dont il faut chercher le problème. Le proverbe est la solution à un problème. L'utilisation opportune d'un proverbe topique fait donc sur l'esprit une impression vive. Les locutions sentencieuses ont un rôle didactique et juridique :
- le rôle didactique de ces locutions sentencieuses se perçoit par exemple lorsqu'à un enfant qui manque d'égards envers ses parents, l'entourage cite le proverbe suivant :
     mbasu akalesakame aghovyôlili munu. 
     nez PVsg(1)il a voir beau- être long#PVsg.(1) il1 fut.nég./dépasser/ PN sg.(3) + bouche ||.
   Le nez a beau être long, il ne dépassera jamais la bouche. Ce proverbe signifie qu'un enfant à beau être grand, fort, riche, il ne doit jamais désobéir ni manquer de respect envers les plus âgés. L'éducation traditionnelle se fait ainsi par l'enseignement des proverbes qui prodiguent des conseils et des règles de vie. A force d'entendre des proverbes à propos, les enfants acquièrent une sagesse pratique qu'ils mémorisent. Quant au rôle juridique joué par les proverbes, il est perçu dans les tribunaux coutumiers où un proverbe peut être développé jusqu'à devenir un récit d'après la règle judiciaire suivante:
    Ubike nôngu uvindighe
   P. inf. l'énoncer || proverbe# P.
inf.|| verser complètement ,pénétrer, le sens d'un proverbe et l'appliquer à une situation concrète. Cette application à une situation concrète est appelée kughu (pl.bakughu).
A partir de cet exemple, je peux soutenir qu'un énoncé sentencieux, en fonction de son utilisation et de sa structure, peut être désigné différemment, soit par nôngu, soit par kughu. La structure est condensée sous la forme d'un ou de deux énoncé :
 - la locution sentencieuse est constituée par un énoncé:
    *mwâne tsyane aghébôli nzaghu 
PNsg.(1)+enfant- orphelin 1PVsg.(1)il 1prés.nég.1ramasser+prés.1éléphantIl
 Un orphelin ne ramasse pas un éléphant.
Il ne faut pas se créer de problèmes quand on ne peut pas compter sur un soutien.
   *dilôngi asamabâse pônzi 
   PN sg.(5)+conseil || PVsg. (1)pas. nég.||rempli ||panier||
 Un conseil n'a jamais rempli un panier. Il ne faudrait pas donner des conseils à quelqu'un tous les jours pour que celui ci puisse comprendre. Une seule fois devrait suffire s'il est quelqu'un de sensé. Cette parémie est appelée nôngu.
-La locution sentencieuse est constituée par deux énoncés:
  *dingende katsyaghu
    PN sg.(5)+faible et petit- oncle + pos.
   2e pers. sing.#
   muyumbi katsi ngane
   PN sg.(1)+fort et grand- oncle- autrui||
 Le nain est ton oncle, le costaud celui d'autrui. Cela veut dire que ce n'est pas parce que ton oncle est petite faible qu'il faut lui désobéir et ne pas suivre ses conseils et choisir quelqu'un d'autre pour oncle parce qu'il est fort et grand.
   *Ngebi pa atsibule mbâange
     enfant / si / PVsg.(1) il / pas.
     |casser| noix palmistes
   #minu atsitase 
    PNpl.(4)+dent# PVsg.(1)il / pas /penser ||
Si un enfant décide de casser des palmistes, c'est qu'il pense avoir des dents solides.

Cela veut dire que quelqu’un qui entreprend quelque chose de périlleux,doit savoir qu'elle fait à ses risques et périls. Ce distique est appelé kughu. Comme il a été signalé plus haut,une locution sentencieuse peut faire l'objet d'un développement,d'une application à une situation concrète ou d'une explication et devenir ainsi un récit lors des règlements, des palabres, des différents à la coutume. Ce récit est désigné par le vocable kughu (pl.bakughu). Cette utilisation juridique et diurne des bakughu est réservée aux adultes pour étayer leur dialectique. En effet, au cours des séances du tribunal coutumier,ce sont les bakughu qui animent le débat. C'est au travers de ceux-ci que le juge manifeste la sagesse de son jugement et porte une leçon de sagesse pour éclairer la vie en société. La locution sentencieuse assure ainsi une fonction stratégique entant qu'acte de parole par le que l'on cherche à emporter l'adhésion de l'interlocuteur et elle se présente comme un discours de persuasion puis qu'il s'agit de convaincre l'interlocuteur. Le développement des parémies sous forme de récit pour expliquer le sens de l'énoncé proverbial fait que certains Bapunu considèrent de plus en plus«bakughu» comme synonymes de «tsavu»«contes, chante fables, etc». En fait, les bakughu se présentent comme des divisions intermédiaires entre les banongu et les tsavu.

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