Du lokombé au langage informatique



"L’instrument réellement "sémantique" est le lokombé. C’est un gong en forme de coin rectangulaire, s’aplatissant et s’élargissant vers le haut où est l’ouverture qui s’étend sur presque toute la longueur...

On le bat généralement des deux bras, au moyen de deux mailloches, dont le bout renflé de caoutchouc la droite frappant le côté droit (leéké lóómí), la gauche frappant le côté gauche (loéké láwáádí)...

Chaque côté a trois tons: le kété (ton haut que donne le bas du lokombé), le denda (ton bas donné par le haut du lokombé). Cela fait six tons. On pourrait encore y ajouter un 7e , employé par les artistes au lokombé pour donner une croche, par ex. le premier ton(bref) dans l’élision. Les coups donnés sur les lèvres du lokombé pat l’envers d’une mailloche ne sont pas des tons, ils ne servent qu’à entretenir la cadence surtout pendant une transition.

Comptons donc six tons (excepté sur le lokombé lácúlé, assez rare, qui n'a que quatre tons). Les trois tons de chaque côté se valent deux à deux en hauteur, naturellement avec quelque différence qui rehausse d'ailleurs la beauté de l'harmonie; un même ton peut donc être donné des deux côtés.

Le tambour novice devra se contenter de ne battre que le denda (ton haut) et le dikímí (ton bas). Mais il tâchera de se servir aussi du kété, employé généralement pour finir le mot ou la proposition au ton haut, parfois pour commencer un mot ou une proposition au ton haut.

En fait, il n'y a que deux tons essentiels, les deux kété n’étant pas nécessaires et les doublets du denda et du dikímí ne servant qu’à l'harmonie ou la rapidité de l’émission.
Rares sont les tambours qui ne savent pas, plus ou moins heureusement, employer toute la gamme...

Le lokombé d'une région est-il compris dans d'autres? En principe oui. Celui de Tshumbé peut donc se faire comprendre à Lodja et à Katako. En effet, sa langue est la langue
parlée; il peut rendre toute syllabe et par conséquent tout mot, tout verbe avec ses infixes, préfixes et suffixes. Il n’y a donc pas question de télépathie, ni d' une convention arbitraire, mais bien d’une langue complète. Il ne rend cependant pas les phonèmes ni un consonnant.

Ce dernier point indique que la langue du tambour n'est pas tout à fait celle de la conversation, de la voix articu1ée. Il y a plus. Il y a quelques formes archaïques, quelques mots disparus ailleurs qu' au lokombé. Il y a surtout des circonlocutions ou descriptions nécessaires pour faire comprendre un mot susceptible d'être confondu avec un autre. Il y a des constructions poétiques, des idiotismes résultant du milieu (noms des chefs etc.)
parfois de la région (forêt, fleuve). De plus, certains objets ou actions sont annoncées par des locutions stéréotypiques. Ainsi on dira d'une chèvre: vódí yányúkólá ókótó, la petite chèvre qui renverse l’étable... le chien fort rompeur des liens; et ... de l’éléphant qui t'effraie de sa trompe."
[2] Les tons émis par le tambour-signal sont ils les mêmes que ceux de la langue parlée? Cfr J. Jacobs, dans Kongo-Overzee XX, 1954, (dit citaat komt uit pastoralia 1971, blz 18).

p.81: "Quant aux messages communiqués par ces instruments (tambour-signal, tambour cylindrique, cloche métallique double, sifflet, cor), ils sont en rapport étroit avec le système tonologique de la langue. Les tons émis sont ceux du mot que l'on veut transmettre".

p.82: "La langue tambouriné est une forme littéraire, avec un caractère stylistique particulier. Du point de vue grammatical son importance est due au fait que nous y rencontrons des anciens mots et d'anciennes formes qui ne sont plus employées dans le langage courant; en plus de ces éléments lexicologiques et morphologiques, la langue
tambouriné nous fournit du matérial phonétique historique" (Pastoralia, ibidem, p.18).

En contrôlant les textes tambourinés publiés par J. Jacobs dans Kongo-Overzee, 1954, pp.410- 422 et 1959, pp.92-110 on constate une différence de tons entre la mélodie tambourinée et celle parlée surtout dans les formes verbales. Dans le texte tambouriné une racine verbale 7 étymologiquement basse n’est pas rehaussée après un morphème haut, comme c' est le cas dans la langue parlée. L’influence d’un ton haut précédant sur les préfixes nominaux ne
semble pas différer.

Il en résulte qu’il faudra être prudent quand on se fait aider dans la recherche des tons d'une phrase à l’aide du tambour-signal (Pastoralia, ibidem, p.18).

A.J. Smet, cp., Dr. Prof. Emérite des Facultés Catholiques de Kinshasa

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