Les aveux de Ben Bruno Moubamba

Avec P. Mamboundou dans la nuit du 2 septembre 2009

Dans l’après-midi du 2 septembre 2009, soit deux jours après le scrutin présidentiel gabonais (du 30 août 2009), j’ai reçu un coup de fil du cabinet de Pierre Mamboundou appelant les anciens candidats à aller soutenir le nouveau président du Gabon tel que constaté par la commission des élections (CENAP) au vu de tous les procès verbaux en sa possession. Je me suis dirigé séance tenante vers la Cité de la Démocratie de Libreville et j’ai aussitôt félicité M. Mamboundou pour sa victoire et la longue nuit de veille qui devait mener au matin tragique du 3 septembre 2009 a commencé.

UNE LONGUE NUIT

Au cours de cette longue nuit du 2 au 3 septembre, j’ai eu à m’entretenir avec Pierre Mamboundou et pour la première fois depuis mon retour au Gabon (fin juin 2009), l’opposant historique m’a parlé comme un grand frère qui s’adresse à son cadet. Après avoir été instruit de certaines réalités gabonaises, j’ai mieux compris le personnage et j’ai eu le sentiment qu’il était déjà ailleurs. Il était conscient d’avoir fait beaucoup pour le Peuple Gabonais mais se demandait déjà ce qu’allait devenir cette nation, prise qu’elle était dans des contradictions évidentes.

Il était le plus légitime en 2009 mais nous n’avons pas su lui apporter tout le soutien qu’il méritait pour l’ensemble de son combat. Cela l’attristait bien évidemment. Il ne sera jamais trop tard pour que nous lui demandions tous pardon même par-delà la mort.

A L’AUBE DU 3 SEPTEMBRE

Vers 4 h du matin mon intuition me dit précisément quelque chose comme ceci : le pouvoir gabonais va attaquer d’ici-peu et les « détenteurs de la puissance publique » ont décidé d’éliminer physiquement certains d’entre vous dont un certain impétrant ayant tombé sa chemise au « Carrefour Rio » le 7 aout 2009. J’ai pris congé de Pierre Mamboundou en lui demandant s’il était conscient de la menace planant sur la Cité de la Démocratie, alors qu’une « aube rouge » allait poindre derrière les collines. Le Président de l’UPG m’est apparu alors comme je ne l’avais jamais perçu : un homme ! Tout simplement, un homme qui avait fait tout ce qui était possible de faire. Il avait mené courageusement un combat extrêmement difficile, il avait fait ses choix et rien n’est plus difficile dans une vie que le choix. Oui, il était déjà ailleurs … Il avait tout donné aux Gabonais mais tous ne l’avaient pas forcement compris. M. Mamboundou m’a alors dit ceci : Écoutez, vous êtes bien jeune … rien n’est grave et vous comprendrez plus tard ! Je suis alors rentré prendre un café à mon QG de Batterie 4 (chez M. Jean-Marc Ekoh) et je ne devais plus jamais revoir celui qui a été le modèle de toute une génération : Pierre Mamboundou Mamboundou.

UNE AUBE ROUGE

A l’aube du 3 septembre 2009, c’est des hauteurs du rond point de la Cité de la Démocratie, que j’ai assisté impuissant à l’attaque des Bérets Rouges de l’Armée Gabonaise visant les anciens candidats des Présidentielles du 30 aout 2009 au gaz, à la matraque et au fusil. J’ai alors compris que le pouvoir Gabonais se défendrait à n’importe quel prix contre le Peuple Gabonais. Il valait mieux en tirer toutes les conclusions. La liberté rêvée en 2009 et portée par de grandes figures comme M. Mamboundou s’en est allée en même temps que le acteurs politiques quittaient en hâte la Cité de la Démocratie mais « Ndossi a hé fuLe rêve ne meurt pas ». Mamboundou n’est pas mort, il a rejoint l’éternité et restera vivant en nous jusqu’à la consommation des siècles.

Nous sommes infiniment tristes pour la famille de Pierre Mamboundou, pour son parti l’UPG, pour ses amis politiques de l’ACR et bien entendu pour le Gabon tout entier qui perd un de ses fils les plus illustres mais il revivra en chacun de nous.


Source Bruno Moubamba

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